Deux jeunes femmes accomplies - SOS Villages d'Enfants

Deux jeunes femmes accomplies

Mary et Maëva n’ont connu que la vie en village d’enfants SOS. « Une chance », d’après elles, conscientes que leur environnement familial ne leur aurait pas permis de s’accomplir humainement et professionnellement.

 

Avoir des enfants a toujours été le but de ma vie », lance avec enthousiasme, Mary, 25 ans et déjà maman de trois enfants âgés de 5 ans, 2 ans et 8 mois. L’exclamation fait naître un sourire complice sur le visage de sa sœur, Maëva. Âgée de 24 ans, elle a eu son premier enfant en octobre dernier. Anciennes du village d’enfants SOS de Marly (Nord), Mary et Maëva sont deux jeunes femmes bien dans leur peau et bien dans leur vie professionnelle. La première vit à Valenciennes (Nord) où elle exerce le métier d’aide-soignante. La seconde s’est installée à Rosnoën (Finistère) et travaille comme juriste en droit social dans un cabinet d’avocats. « Je n’avais que 15 jours lorsque j’ai été placée en pouponnière, raconte Mary. J’ai ensuite vécu dans une famille d’accueil quelques mois. J’ignore la durée exacte, mais j’avais un peu plus d’un an lorsque mon grand frère, ma grande sœur et moi sommes partis au village SOS de Marly.» Maëva, née en novembre 1998, rejoindra la fratrie 11 mois plus tard. « Je ne sais pas où j’ai vécu ma première année », dit-elle sobrement. L’histoire des sœurs est en effet pleine de non-dits et des mensonges. Ainsi, Mary ne sait toujours pas avec certitude qui est son père. Leur mère a eu deux autres filles après que ses premiers enfants ont été confiés en village SOS.

 

PREMIERS PAS AU VILLAGE SOS

 

Les sœurs n’ont pas de souvenirs de leur arrivée au village SOS de Marly ni de leurs premières années de vie sur place. « Mais on m’a raconté que j’avais fait mes tout premiers pas en entrant dans la maison », sourit Maëva. L’anecdote est trop belle pour refuser d’y croire. « Grandir au village SOS fut la chance de notre vie », expliquent d’une même voix les deux sœurs. Nous ne serions jamais devenues des adultes équilibrées autrement. Notre mère le reconnaît elle-même à présent. » Maëva est toujours en contact avec cette dernière contrairement à sa sœur. « Elle m’a trop menti, explique Mary. C’est Garmia, la mère SOS avec laquelle nous avons vécu pendant plus de 10 ans, qui est devenue ma ‘vraie’ maman. D’ailleurs, mes enfants l’appellent ‘Jedda’, ce qui veut dire mamie en arabe. Quant à moi, je lui téléphone tous les jours et je vais la voir dès que je ne travaille pas. »

 

CROIRE EN SOI


Jusqu’aux 6 ans de Mary, la fratrie a connu deux mères SOS successives, et c’est avec l’arrivée de Garmia que les enfants ont pris définitivement leurs marques dans la maison. « Garmia nous a protégés et nous a transmis des valeurs fortes comme le partage, le respect, le goût de l’effort, commente Maëva. Elle nous a appris à être autonomes et surtout elle nous a toujours soutenues ». Très bonne élève depuis toujours, Maëva a ainsi passé un Bac S, le plus difficile de tous les baccalauréats. « Garmia est celle qui a le plus cru en mes capacités. Elle était sûre que j’obtiendrais mon diplôme et que je réussirais mes études supérieures. »
Si les sœurs reconnaissent n’avoir pas développé de liens affectifs forts avec le reste de l’équipe du village, elles ont pu apprécier leur dévouement. « Qu’il s’agisse des psychologues, de la directrice, des éducateurs… ils répondaient toujours présents lorsqu’un problème (administratif, juridique…) dépassait les compétences de notre mère SOS, ajoute Maëva. Ils étaient pour nous des professionnels de confiance sur lesquels nous pouvions compter. »

 

VIVRE COMME LES AUTRES


La fratrie de Maëva et Mary a connu quelques tourments lorsque les problèmes de comportement de leur grand frère l’amenèrent à quitter la maison pour un autre établissement mieux adapté au suivi psychologique dont il avait besoin. « Malgré tout, vivre entre frère et sœurs dans une maison familiale nous a placés dans une forme de normalité par rapport aux autres enfants. Nous vivions comme les autres. » D’ailleurs, les sœurs évitaient de mentionner leur statut d’enfants accueillis en protection de l’enfance. « Pas par honte, précise Mary, mais pour éviter les clichés. Pour beaucoup de gens, y compris certains enseignants, être un enfant de l’ASE, c’est être mal éduqué, irrespectueux, sale, incompétent… »

De leur vie au village SOS, Maëva et Mary gardent surtout de très beaux souvenirs. Mary évoque l’équitation qu’elle a pratiquée depuis toute petite et les vacances avec leur mère SOS, les fêtes de Noël, les anniversaires… « Garmia nous a totalement intégrés à sa famille, nous connaissons ses frères et sœurs, ses parents… » Maëva, de son côté, évoque ses deux mandats à l’Espace National de Consultation des Jeunes et sa participation au PEPS, Programme d’épanouissement par le sport, qui l’ont aidée à être moins introvertie. « Au village SOS, nous avons été accueillies, éduquées et aimées », concluent Mary et Maëva qui, désormais, regardent aussi l’avenir à travers les yeux de leurs propres enfants.

Peut-on imaginer un Noël loin de ses frères et sœurs ?

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