Article - SOS Villages d'Enfants

“Être un enfant placé ne devrait jamais être une honte”

Entre Alicia et l’Aide Sociale à l’Enfance, c’est une longue histoire. Accueillie en foyer dès ses deux ans, elle a rejoint le village d’enfants SOS de Marange-Silvange quatre ans plus tard. Si elle n’oublie pas son début de vie qu’elle juge compliqué, elle se dit aujourd’hui en paix.

 

ALICIA, UNE ENFANT SOS VILLAGES D’ENFANTS DEPUIS SON PLUS JEUNE ÂGE

Le parcours d'AliciaAlicia Benhenia vient d’avoir 21 ans. Ancienne enfant accueillie au village d’enfants SOS de Marange-Silvange, elle vit depuis avril dernier à Villemomble (Seine-Saint-Denis) avec Ramy. Le jeune homme a, lui aussi, connu l’Aide Sociale à l’Enfance et a été placé en famille d’accueil. Alicia et Ramy se sont rencontrés peu avant leur majorité et se sont mariés en juillet 2020.

 

Avant son déménagement, Alicia vivait dans un Foyer pour Jeunes Travailleurs de Metz. “J’y suis restée un an et demi après avoir passé 4 mois dans un studio mis à ma disposition par le village d’enfants SOS”, raconte-t-elle. Aujourd’hui, la jeune femme est fière de son autonomie. “Je me débrouille ‘comme une grande’, sourit-elle. J’ai fait mon changement d’adresse, j’ai trouvé une assurance habitation, ouvert mon compte de Sécurité sociale en ligne… J’aide aussi beaucoup Ramy qui est d’origine algérienne et a plus de mal que moi avec le français.” Son mari travaille pour un livreur de Pizza. Alicia, elle, cherche un poste de vendeuse de prêt-à-porter. “Cela correspondrait au BAC professionnel que j’ai en poche, dit-elle, mais je suis prête à travailler ailleurs pour commencer”.

 

« JE SUIS EN PAIX »

 

La jeune femme a été accueillie au village d’enfants SOS de Marange-Silvange à l’âge de 6 ans avec Soreges, son grand frère de 9 mois son aîné. Tous deux avaient d’abord été placés à leurs 2 ans dans un foyer pour la petite enfance de Forbach. Alicia ignore les raisons de cet éloignement de leur mère et de leur beau-père ; les enfants ayant peu vécu avec leur père. “Soreges a consulté notre dossier et il m’a déconseillé de chercher à savoir ce qu’il s’était passé. Aujourd’hui, je suis en paix et préfère ne pas ouvrir de nouvelles blessures”.

 

Pendants leurs placements, Alicia et son frère sont restés en contact avec leur mère et leur beau-père chez qui ils passaient un week-end sur deux. Ils voyaient aussi leur père une fois par mois, toujours chez leurs grands-parents. “Il avait des problèmes, explique Alicia avec pudeur mais lorsqu’on était avec lui, il était toujours apaisé.” La jeune femme assure d’ailleurs avoir toujours eu de bonnes relations avec ce dernier tout comme avec sa mère et son beau-père qui, assure-t-elle, “ont tous toujours fait tout ce qu’ils pouvaient pour leurs enfants.”

 

Sa mère et son beau-père, aujourd’hui séparés, ont eu 5 autres enfants après l’éloignement d’Alicia et Soreges. “Ces petits, c’était tout pour moi, c’étaient mes anges, raconte la jeune femme. Lorsque j’étais chez ma mère, je leur achetais des cadeaux avec mon argent de poche, je leur changeais les couches, leur donnais les biberons et j’aidais ma maman en faisant la vaisselle ou en nettoyant la maison.” Alicia les voit aujourd’hui beaucoup moins car ils ont, eux aussi, été placés en famille d’accueil.

 

CASSER LES PRÉJUGÉS

 

Alicia se souvient de la semaine qui a précédé son arrivée au village d’enfants SOS. “Nous avions été invités à y passer une journée. Je me rappelle que, pour le repas, notre future aide familiale nous avait préparé du jambon avec des petits pois carottes et des pommes de terre. Nous avions joué avec les 4 autres enfants qui vivaient déjà là et j’avais découvert la chambre que j’allais partager avec une autre fille. Cette pièce à la tapisserie bleue était si belle ! Il y avait une magnifique lampe en forme de fleur et un immense bureau rien que pour moi.”

 

Dans le village d’enfants SOS de Marange-Silvange, Alicia est restée jusqu’à ses 19 ans. Elle a été accueillie non par une mère SOS, mais par deux aides familiales. “Jusqu’à mon CM2, Sylvie et Olga se sont occupées de moi puis Esperance a pris le relai d’Olga partie en retraite”, raconte-t-elle. C’est avec Espérance qu’Alicia (qui la considérait comme sa mamie) a noué les liens les plus forts. “Nous sommes toujours en contact et je sais que je peux compter sur elle en cas de besoin.”

 

Malgré l’attention des équipes et le cadre chaleureux, Alicia a vécu difficilement son arrivée au village et ses relations avec les aides familiales ont souvent été difficiles. “J’étais très capricieuse et je n’aimais pas être comparée aux autres enfants de la maison. À l’école, je n’avais pas le cœur à travailler ; je ne pensais qu’à ma mère, mes petits frères et ma petite sœur… Mon corps était en classe, pas ma tête.”

 

Parmi les souvenirs marquants de sa vie au village d’enfants SOS, Alicia cite les nombreuses activités sportives et culturelles auxquelles elle a pris part. “J’avais notamment choisi de faire de la danse moderne jazz et du basketball.” Elle se souvient aussi des fêtes annuelles et des spectacles auxquels elle participait comme chanteuse ou danseuse devant ses parents et son beau-père, tous trois conviés. La jeune femme évoque également les colonies de vacances auxquelles SOS Villages d’Enfants lui a permis d’être inscrite. L’une d’elles a joué un rôle crucial puisque c’est pendant un séjour à Argelès-sur-Mer, qu’à 17 ans, elle a rencontré Ramy.

 

Dans un long texte Alicia a partagé son parcours afin, dit-elle, “de casser les préjugés et pour que les gens comprennent qu’être un enfant placé ne devrait jamais être une honte. Cela peut même être une chance. Il y a des hauts, beaucoup de bas, mais on trouve toujours des personnes qui vous aident et vous écoutent. J’aimerais d’ailleurs que ce soutien soit toujours aussi fort lorsqu’on a quitté la maison dans laquelle on a grandi.”

Une aide pour des familles ukrainiennes réfugiées

SOS Villages d’Enfance France soutient des familles ukrainiennes réfugiées dans le département du Nord

 

SOS Villages d’Enfants sait se mobiliser pour défendre les enfants et leurs familles en cas de catastrophes naturelles ou de conflits. À l’heure où vous lirez ces lignes, une action d’hébergement et de soutien aura été mise en œuvre dans le département du Nord au bénéfice de quinze familles ukrainiennes réfugiées. Cela représente une soixantaine de personnes, essentiellement des mamans accompagnées de leurs enfants, mais aussi quelques femmes ayant un statut de type “famille d’accueil” qui, en Ukraine, s’occupent de 5 à 8 mineurs pour lesquelles elles ont délégation d’autorité parentale.

 

Partenaire du projet, un bailleur social du département les héberge dans quinze logements de différentes communes du Valenciennois. L’association SOS Villages d’Enfants se charge de leur accompagnement. Tous sont arrivés très fragilisés, physiquement et psychologiquement. Un diagnostic précis de leurs besoins a été réalisé afin de leur proposer un soutien aussi personnalisé que possible. Pour les aider à surmonter leurs troubles et à retrouver santé et équilibre émotionnel, SOS Villages d’Enfants France a adapté son “Programme de Renforcement des Familles”. Rappelons que celui-ci vise à soutenir, à domicile, les compétences parentales afin de prévenir les situations qui causeraient du tort aux mineurs ou constitueraient des atteintes à leurs droits. Si le contexte est différent, les responsables du PRF du Nord savent parfaitement comment agir et sont donc en première ligne de ce projet. Ils sont épaulés par le chef de service et le directeur, un éducateur-coordinateur, un travailleur social, un psychologue et par plusieurs bénévoles traducteurs qui dispensent également des formations linguistiques.

 

Les équipes de SOS Villages d’Enfants jouent un rôle d’intermédiaire et de facilitateur d’échanges entre ces familles et les administrations françaises. Elles s’assurent qu’elles reçoivent tous les soins dont elles ont besoin et les aident à garder le contact avec leurs proches restés en Ukraine. La bonne intégration scolaire des enfants est évidemment une priorité, et tout est fait pour qu’ils prennent part à des activités sportives, ludiques et culturelles. Ils auront aussi l’occasion de partager des temps de jeux dans les villages d’enfants SOS de Marly et Neuville). Les mamans pourront, elles, compter sur les jeunes adultes de la Maison Claire Morandat qui se sont spontanément proposés pour leur faire découvrir la ville, les commerces, leur expliquer le fonctionnement des transports en commun, de La Poste, etc. Les liens qui se noueront seront humainement riches et valorisants pour ces jeunes accueillis en Protection de l’enfance. Cette fois, ce sont eux qui seront la main tendue !

 

Ce projet répond à l’une des raisons d’être de SOS Villages d’Enfants : défendre, partout, les droits des enfants. C’est une initiative inédite dans l’histoire de l’association et elle a vocation à évoluer. L’accompagnement pourrait ainsi être proposé à des familles françaises qui hébergent déjà dans leur propre logement d’autres familles ukrainiennes.

L’édito d’Inès

Manga

 

Je m’appelle Inès et j’ai 15 ans. Je me souviens très bien de mon premier jour au village d’enfants SOS parce que j’avais vraiment demandé à y être accueillie. Je voulais retrouver mon frère et savais que cela ne serait possible qu’ici. J’avais passé 5 ans dans le même foyer que lui. On s’y côtoyait plus comme des enfants parmi d’autres enfants que comme un frère et sa sœur. J’en garde de beaux souvenirs d’amitiés mais j’avais envie de quelque chose de plus profond. Le foyer ressemblait à un lycée, trop grand pour y vivre bien, avec une cantine et plein de chambres. Au village SOS, j’ai trouvé une vie qui ressemblait à celle d’une famille, dans une maison à notre taille, avec une mère SOS, trois enfants d’une autre fratrie et mon frère.

 

Je fais beaucoup de travaux manuels et espère faire un Centre de Formation d’Apprentis à ces métiers. En avril dernier, je suis allée à une convention de culture japonaise à Toulon. Je m’étais déguisée en un personnage de Manga (Bakugo Katsuki de l’animé* MHA) dont j’avais créé le costume. Il était très réussi et beaucoup de visiteurs sont venus faire des selfies avec moi.

 

Les mangas japonais sont depuis longtemps une de mes passions tout comme la culture asiatique. J’aime la K Pop. J’aime aussi le genre nightcore en musique qui consiste à reprendre des chansons connues en les accélérant afin d’en proposer une interprétation vraiment nouvelle. Cela crée plein de belles surprises très prenantes.

 

* film d’animation japonais généralement adapté d’un manga

Un agenda pour les Droits de l’Enfant

 

Cet agenda scolaire, illustré par Sempé, est réalisé en partenariat avec Auchan. Il a pour but de sensibiliser les collégiens aux droits de l’enfant à travers des jeux, des conseils et des témoignages d’enfants des villages SOS.

Retrouvez-le dès maintenant dans les rayons des hypermarchés Auchan. Pour chaque agenda acheté, 1euro sera reversé à SOS Villages d’Enfants !

ARPEJ : la belle mélodie des droits de l’enfants en Afrique

Lancé par SOS Villages d’Enfants France il y a un peu plus d’un an, le programme ARPEJ renforce les droits de plusieurs milliers d’enfants du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et du Togo.

 

En musique, un arpège est une série de notes successives, qui formeraient un accord si elles étaient jouées simultanément. Une définition qui a aussi du sens pour le programme ARPEJ, lancé et cofinancé par SOS Villages d’Enfants France et l’Agence française de développement. ARPEJ est l’acronyme d’Approche régionale pour la protection de l’enfance et de la jeunesse. “Il s’agit d’une série de mesures qui visent à renforcer la protection et les droits des enfants dans 18 localités du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et du Togo, en appuyant les associations SOS Villages d’Enfants de ces pays”, présente Avril Vignon, responsable de programmes internationaux chez SOS Villages d’Enfants France.

ARPEJ est un programme de prévention des risques d’exploitation par le travail, de mariages précoces, d’excision, de maltraitances… “Nous nous adressons aux familles fragilisées, souvent monoparentales, qui n’ont pas le temps ou les moyens de s’occuper correctement de leurs enfants, explique Avril Vignon. En renforçant leurs compétences parentales, en les aidant à améliorer leurs revenus et conditions de vie, nous agissons en amont de situations qui tendraient à dégénérer, afin d’avoir un impact social préventif au lieu de gérer les conséquences de la mise en danger de certains enfants.” SOS Villages d’Enfants travaille avec l’ONG Equipop, qui agit depuis plus de 25 ans auprès des femmes d’Afrique de l’Ouest.

 

Initié en janvier 2021 pour trois ans, ce programme concernera à terme 1 330 familles, 5 700 enfants et bénéficiera indirectement à près de 500 000 personnes. Cette sensibilisation aux droits des enfants, à l’accès à l’éducation et à la santé s’appuie sur des relais locaux. “Ces personnes ressources sont essentielles pour diffuser les bonnes pratiques dans la société”, ajoute la responsable de programmes internationaux.

ARPEJ cible aussi les professionnels de la protection de l’enfance de ces trois pays. Ceux-ci seront formés afin, poursuit Avril Vignon, “d’améliorer la qualité de la prise en charge des enfants dans une cinquantaine de structures d’accueil”.

Ce programme bénéficie d’un budget de 3,8 M€, financé à hauteur de 2,3 M€ par l’Agence française de développement. Grâce au soutien de ses fidèles donateurs, SOS Villages d’Enfants France y apporte 1,5 M€, ce qui fait d’ARPEJ le plus important programme international financé par la France. “Les communautés locales, les familles et les professionnels l’ont très bien accueilli, se réjouit Avril Vignon. ARPEJ devra faire l’objet d’une nouvelle sollicitation à l’AFD pour assurer sa pérennité avec le soutien des donateurs, de quoi modifier en profondeur l’avenir de plusieurs générations d’enfants.”

Parcours de Djiba

Djiba Ibrahima Coly vit à Dakar, au Sénégal. Il a 26 ans, un beau parcours scolaire derrière lui et un début de vie d’entrepreneur. Une trajectoire forgée avec l’aide des équipes de SOS Villages d’Enfants qui l’ont accueilli à ses trois ans.

 

Djiba Ibrahima Coly est arrivé au village d’enfants SOS de Ziguinchor (Sénégal) en 1998. “Je me souviens de cette matinée, assure-t-il. Je n’avais que trois ans, mais c’est un vrai souvenir, pas quelque chose que l’on m’a raconté. Tous les enfants qui, comme moi, venaient d’arriver, avaient été réunis sous un acajou situé à l’entrée du village. Nous étions passés à l’infirmerie, puis nous avions rejoint nos mamans SOS dans nos nouvelles maisons respectives. C’était mon premier voyage.” Le jeune homme n’a pas, par contre, de souvenirs de ses parents décédés peu après sa naissance de causes qu’il n’a pas voulu connaître. Lorsqu’il arrive au village d’enfants SOS, Djiba ne parle ni wolof ni français. Il ne maîtrise que sa langue maternelle, le Diola, un dialecte que sa mère SOS, elle, ne comprend pas.

 

“Heureusement, d’autres mamans le parlaient et nous ont expliqué que nous n’avions pas à nous inquiéter, que c’était maintenant notre chez-nous, que nous avions de nouveaux frères et sœurs…” Et même de nombreux frères et sœurs ! Sa maison accueillera jusqu’à 12 enfants qui cohabiteront sans heurt. “Parmi les valeurs que notre maman SOS nous a inculquées, il y a l’importance de respecter l’autre, explique Djiba. C’était indispensable pour pouvoir vivre en communauté, car nous étions tous venus d’univers différents. Bien sûr, nous étions des enfants, il nous arrivait de faire des bêtises, de raconter des mensonges… Mais elle a su nous apprendre l’importance d’être sincère.”

 

Djiba, qui a toujours eu un tempérament d’aventurier, se fait vite à sa nouvelle vie. Il explore tout ce qui l’entoure, cherche à comprendre, pose mille questions… Une vivacité qui se traduit à l’école. “J’ai été le premier de ma classe jusqu’à mon entrée au collège, dit-il. Ensuite, je suis resté aux quatre premières places tout au long du lycée.” Les prix de fin d’année qu’il reçut furent l’occasion de petites célébrations à la maison. “Ma mère disait toujours que le monde de demain appartient à ceux qui auront appris.”

 

En 2006, Djiba déménage pour l’une des deux nouvelles maisons qui viennent d’être construites dans le village. Il rencontre une autre mère SOS avec qui les relations sont tout aussi bonnes. Mais il ne restera là que jusqu’à ses 14 ans, âge auquel les jeunes des villages sénégalais partent vivre dans un foyer d’adolescents de l’association.

 

Il n’a jamais caché son statut d’enfant accueilli en village d’enfants SOS. “Au contraire, sourit-il. Dans les classes, tout le monde voulait avoir un copain de chez SOS. C’était l’assurance de pouvoir aller dans un endroit avec des gens accueillants, où de belles fêtes et des compétitions sportives étaient organisées. Une fois adulte, personne ne regarde les anciens enfants des villages SOS avec méfiance. Nous sommes même très bien perçus au Sénégal. Y avoir grandi, c’est le gage d’un bon développement, d’une bonne éducation. Certains nous voient comme des privilégiés.”

 

L’aventure de l’entrepreneuriat

Dans son enfance, puis dans sa jeunesse, Djiba se passionne pour le dessin, l’art et le rugby. Mais c’est une voie professionnelle différente qu’il emprunte. Après son bac, il rejoint Dakar et commence des études en robotique, puis entame une formation en “Réseaux et sécurité informatique”. “La Covid a perturbé ma formation, explique-t-il. Les cours en ligne avec un Internet peu stable et des enseignants pas très à l’aise avec cette forme d’enseignement… tout cela ne me convenait pas. J’ai décidé de ne pas poursuivre mon master 2.” Le jeune homme fait alors certifier ses compétences et se lance dans la vie active. Ayant le goût pour le développement web (création d’applications et de sites internet), il fait ses armes comme prestataire indépendant avant de monter, en février 2021, sa propre entreprise, Wuuti, qui signifie “chercher” en wolof. “C’est une plateforme de vente en ligne qui va proposer tous types de produits non périssables, explique-t-il. Je l’ai imaginée comme le concurrent de Jumia, le grand marketplace sénégalais qui est trop onéreux pour les petits commerçants.”

 

Le jeune entrepreneur insiste sur le soutien qu’il a reçu de la part de SOS Villages d’Enfants. “J’ai été aidé financièrement pour faire mon business plan, pour des formations sur l’auto-entrepreneuriat, le développement personnel…” Pour l’heure, Wuuti n’a pas encore pris son envol commercial, mais Djiba voit loin et espère un jour pouvoir embaucher et, pourquoi pas, des jeunes des villages SOS. “Il y a du travail pour beaucoup dans ce secteur : comptable, graphiste, maintenance informatique, marketing…”, souligne-t-il.

 

L’ancien du village de Ziguinchor continue à avoir de nombreux contacts avec ses frères et sœurs de cœur, comme avec ses éducatrices familiales. “Quand on me pose la question, alors oui, je peux dire que ce sont mes mamans de substitution, mais, en fait, elles sont mes mamans tout court.”

 

Djiba n’est pas marié, n’a pas d’enfant, mais ne s’interdit pas de rêver à une vie de famille “dans une belle maison” où, dit-il, il racontera à ses enfants son histoire dans le village d’enfants SOS de Ziguinchor. Une histoire qui commença un beau matin, sous un acajou.

 

L’édito de Shanon

Méditation équine

 

Je suis Shanon, j’ai 13 ans. Je vis au village avec ma petite sœur depuis deux ans. Depuis que je suis ici, je la vois plus qu’avant. En plus, il y a des personnes qui sont là pour nous et tout le temps. Au collège, je me sens comme une fille ordinaire dans les yeux des autres, et ça me fait du bien. Je préfère être comme les autres car, au moins, ma sœur et moi, on n’est plus dévisagées comme avant. J’ai aussi un petit frère. Je vais aller le voir cet été.

 

Je suis passionnée d’équitation. Je voudrais être monitrice d’équitation et ouvrir un centre équestre. L’équitation et moi, c’est une grande histoire ! Déjà, parce que ça me fait un point commun avec ma mère et, quand on se voit, je lui en parle. Aussi, parce que j’aime beaucoup l’image du cheval qui galope dans le pré, je trouve ça beau. Au village, j’ai la chance d’en faire tous les samedis matin.

 

Ce que j’aime aussi, c’est lire. Mais pas les petits livres, car ça va trop vite et on ne se met pas assez dans l’histoire. Je préfère les gros livres, souvent d’action, de magie ou fantastique, comme ceux d’Harry Potter, “Divergente” ou “Hunger Games”. Récemment, j’ai lu “Le petit gros”. C’est l’histoire d’un garçon en surpoids, qui a un frère champion de boxe qui le ridiculise tout le temps. Le garçon va finir par vaincre son obésité et c’est lui qui va devenir champion olympique. J’ai beaucoup aimé.

 

Mon héroïne fictive, c’est Emma Watson. Et mon héroïne réelle, c’est mon ancienne mère SOS, évelyne. Je l’aime et l’admire beaucoup car elle est très forte. Même quand elle ne va pas bien, elle ne pleure jamais et elle passe du temps avec nous, alors qu’elle a des enfants. On a passé Noël ensemble, c’était trop bien !

Les bonnes notes du programme Pygmalion

 

Pour un enfant, progresser dans ses apprentissages est à la fois le gage d’un épanouissement personnel et celui de sa future insertion socioprofessionnelle. Si les enfants hébergés en structures d’accueil ont souvent des parcours d’études difficiles, l’échec scolaire n’est pas une fatalité. Mis en place dans chaque village d’enfants SOS depuis 2014, le programme Pygmalion vise à les soutenir dans leur scolarité. “Ce qu’on appelle l’effet Pygmalion est le phénomène par lequel on augmente les probabilités de succès de quelqu’un dès lors qu’on lui montre que l’on croit en sa réussite, explique Nathalie Dupire, directrice territoriale pour la région sud, référente du programme et ancienne directrice du village de Carros pendant 13 ans. Pour des enfants qui manquent de confiance en eux, c’est quelque chose de fondamental.”

 

 

La force de ce programme est d’impliquer collectivement tous les adultes en lien avec l’enfant : enseignants, équipes des villages, parents, référents ASE(1)… Au cœur de ce dispositif, se trouve l’éducateur (ou l’éducatrice) scolaire présent dans chaque village et qui joue le rôle de coordinateur des actions menées. Aide aux devoirs, comportements en classe, choix d’orientation, demande d’aide à la vie scolaire, rendez-vous à l’école, avec les parents, décisions d’ordre médical (orthophoniste, psychomotricien, neuropsychologue…), les occasions de solliciter leur expertise ne manquent pas. L’éducateur scolaire est joignable par tous, tout le temps, et peut, au débotté, aller voir une maîtresse ou un directeur d’école, ce qui est rarement le cas des éducatrices familiales qui ont cinq à six enfants d’âge différent à gérer.  

 

“Concernant les enfants, je valorise la plus petite de leurs réussites, explique Joumana Grehaigne, éducatrice scolaire à Carros. Aucun n’aime être en échec, mais il est vrai que beaucoup manquent des prérequis de base. Soit parce qu’ils ont manqué l’école, soit parce qu’ils n’avaient pas la tête disponible aux apprentissages.” Ils ont des manques, pas des inaptitudes, et c’est ce que vient corriger le programme Pygmalion. L’une des clefs de ce soutien est d’être le plus individualisé possible, ce qui passe notamment par de la pédagogie différenciée(2). Chaque enfant sait qu’il peut se tourner vers l’éducateur scolaire dès qu’il a une question ou une difficulté. Ce dernier lui fait un compte-rendu après chaque réunion avec son enseignant, lors de la remise des bulletins par exemple.

 

Les éducateurs scolaires sont aussi là pour épauler les mères SOS. “Toutefois, les éducatrices familiales sont toujours impliquées, car il s’agit de moments importants du quotidien des enfants, complète Nathalie Dupire. Mais la présence de l’éducateur scolaire les rassure et permet de faire en sorte que cela ne soit pas des moments stressants pour elles.” Le programme Pygmalion place aussi tous les enfants sur un pied d’égalité, puisque la qualité du soutien scolaire dont ils bénéficient ne dépend pas du parcours de leur mère SOS.

 

“Réussir à l’école, ce n’est pas forcément obtenir son bac ou faire de longues études, ajoute l’éducatrice scolaire. Lorsqu’un enfant s’épanouit et trouve sa voie dans un enseignement spécialisé ou un apprentissage, c’est tout aussi valorisant pour lui… comme pour nous. Réussir, c’est être là où l’on est bien.”

 

(1) Aide Sociale à l’Enfance

(2) Travailler une même compétence par des chemins différents, en fonction des profils des enfants

Laurent : un avenir grand comme le monde

Abandonné à la naissance dans une rue d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, Laurent sait que c’est grâce à SOS Villages d’Enfants qu’il peut aujourd’hui envisager un avenir “grand comme le monde”.

 

L’histoire de Laurent (son prénom a été changé) commence comme un récit qu’on a d’abord peine à croire. Laurent est né il y a une vingtaine d’années en Côte d’Ivoire. De ses parents, de sa famille, d’éventuels frères et sœurs, il ne sait rien. Et pour cause, Laurent a été abandonné peu après sa naissance dans une ruelle d’Abidjan, la capitale économique du pays.

 

C’est une sans-abri qui a trouvé le nourrisson et a décidé de le garder. Était-ce pour être moins seule ? Espérait-elle ainsi attirer la compassion des passants ? Combien de temps a-t-elle gardé le bébé avec elle ? Autant de questions qui restent encore aujourd’hui sans réponse. Ce que l’on sait, c’est que survivre dans la rue avec un bébé s’est révélé au-dessus des capacités de cette femme qui a fini par prévenir des policiers. Et ce sont ces derniers qui ont donné son prénom à Laurent. Les recherches entamées pour retrouver ses parents ou des membres de sa famille n’ont pas abouti.

 

Le bébé a d’abord été placé dans un orphelinat de la ville. Il y vivra trois ans avant de rejoindre le village d’enfants SOS d’Abobo-Gare. Au premier regard, Laurent semblait en bonne santé. Apparence trompeuse, car il souffrait en réalité de retards de croissance importants. Ainsi, à trois ans, il n’arrivait toujours pas à marcher ou à manger seul. Il souffrait aussi de retard dans ce qu’on appelle les “compétences socio-affectives” : empathie, confiance, estime et maîtrise de soi, persévérance, sociabilité… Des soins dédiés à la stimulation de son développement lui ont été prodigués avec succès. En six mois, le vrai Laurent s’est réveillé.

 

 

 

LAURENT VEUT DEVENIR UNE PERSONNE INSPIRANTE

“J’ai peur de penser à ce qui me serait arrivé si on ne m’avait pas amené à ma mère SOS dans le village SOS, s’inquiète rétrospectivement le jeune homme de vingt ans. Je ne serais pas allé à l’école, j’aurais eu faim tout le temps, personne ne m’aurait serré dans ses bras ou ne m’aurait souri, tout simplement. Ma maison aurait été un arrêt de bus à Abidjan. Je serais devenu un vagabond ou un bandit de grand chemin vivant dans la rue, mendiant pour survivre…”

 

Son histoire sera bien heureusement très différente. Actuellement étudiant, Laurent a quitté la maison où il vivait avec sa mère SOS pour rejoindre un foyer de jeunes également géré par SOS Villages d’Enfants à Abobo-Gare. Il est fier de continuer à apprendre à se débrouiller seul afin de préparer son autonomie. “Ce que j’apprécie énormément dans cet hébergement réservé aux jeunes, c’est que nous nous entendons comme des frères. On partage beaucoup, on rit, on parle de nos rêves et de notre avenir… La vie est plus facile lorsqu’on vit avec des gens qui nous aiment et qui découvrent la vie en même temps que nous.”

 

Laurent n’oublie jamais que c’est au cours de ses années de vie au village d’enfants SOS que sa mère SOS et l’équipe d’éducateurs lui ont donné les outils pour réussir sa vie. “La leçon la plus précieuse que j’ai apprise de ma mère SOS, c’est que chaque société a ses règles et qu’il faut les respecter. Cela vous évite les problèmes, cela vous permet d’être vous-même et d’affiner vos objectifs. Pour moi, SOS Villages d’Enfants est une superbe école de la vie.”

 

Laurent a de l’ambition, il veut “travailler dur”, dit-il et devenir une personne “influente, capable d’aider et d’inspirer les autres”. Grand passionné de sport, il espère un jour devenir journaliste sportif. “Regarder et écouter les commentateurs décrire les manifestations sportives me procure à chaque fois une montée d’adrénaline ! Lorsque j’aurai terminé mes études secondaires, j’ai bien l’intention de m’inscrire à un cours de journalisme. Ma seule crainte, c’est qu’il pourrait m’être difficile de trouver du travail dans mon pays. En Côte d’Ivoire, il n’y a qu’une seule station de radio et une seule chaîne de télévision vraiment établies. Les places sont donc rares.” Laurent envisage déjà d’aller au-delà des frontières de la Côte d’Ivoire pour se faire une place dans le métier qui le fait rêver. Le petit enfant, hier abandonné dans une ruelle, se donne le monde comme futur terrain de jeu. Un beau pied de nez au destin !

L’édito de Joachim

Je suis Joachim, j’ai 10 ans et je suis au village avec mon petit frère. Je suis en CM2, je vais passer en sixième à la prochaine rentrée. J’ai de très bonnes notes à l’école et j’ai hâte d’entrer au collège. Plus tard, quand je serai grand, je voudrais être dans l’armée pour protéger les gens.

 

Pour le moment, quand je ne suis pas en cours, je joue au foot. J’en fais depuis quatre ans et maintenant, je suis attaquant avant. Le samedi, c’est le jour des compétitions et des déplacements. Je suis dans une bonne équipe, elle est forte, on gagne souvent.

 

J’aime bien aussi le basket et la luge, et aller en colo. L’été dernier, on est partis deux semaines au bord d’un lac. J’ai fait plusieurs sports nautiques : du canoë- kayak, du paddle, du ski nautique, de la bouée tractée et du jet-ski. J’ai conduit moi-même le jet-ski, mais avec un animateur derrière moi quand même, j’étais pas tout seul.

 

 

J’aime bien lire, surtout des BD et des mangas, Naruto, One Piece ou Dragon Ball. Côté musique, je suis plutôt rap français et américain. Mon rappeur préféré, c’est Jul.

 

Je fais pas qu’écouter, j’écris des textes aussi, seul ou avec les éducateurs. Je rappe surtout pour moi, c’est très rare que je chante devant quelqu’un ou que je partage mes textes. C’est sur mon enfance, je fais des impros et des rimes.

 

Avec mon frère, c’est pas tous les jours facile, il est plus petit, alors parfois, il fait des choses de petit et des fois, ça m’agace. Mais il est petit et au fond de mon cœur, je sais que j’aime mon frère.

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