Article - SOS Villages d'Enfants

Sport et culture : un droit qui fait du bien !

 

 

Prendre confiance en soi, développer sa créativité, découvrir ses compétences, aider l’autre et accepter de se faire aider : les activités sportives et artistiques sont des ressources précieuses pour amener les enfants et les jeunes des villages d’enfants SOS à surmonter leurs traumatismes et à gagner en autonomie.

 

Ce 19 mai 2017, lorsque, après 1 heure 25 minutes et 14 secondes, Jérémy*, épuisé, a franchi la ligne d’arrivée en levant les bras, Olivia Buniet n’a pas cherché à retenir ses larmes de joie. Le jeune homme de 16 ans terminait pourtant à la dernière place de la Sablaisienne, une redoutable course qui se déroule à la fois sur le bitume et sur le sable de la plage de Calais. « Mais il s’était surpassé, se souvient l’aide familiale du village SOS calaisien. Jusqu’à la dernière seconde, il a été applaudi, encouragé par ses copains, le public et le speaker de la course. » Ce jour-là, Jérémy remportait une victoire bien plus précieuse que le médaillé du jour, qui avait franchi la ligne d’arrivée en moins de 36 minutes. Adolescent souffrant d’une obésité quasi morbide, il était arrivé au village d’enfants SOS en 2014, après l’abandon par sa mère de ses quatre enfants.

L’activité préférée de Jérémy était plutôt la danse urbaine, mais il s’est lancé dans ce défi sportif inspiré par l’exemple d’Olivia Buniet. Membre d’un club de course à pied, l’aide familiale ne cesse de partager sa passion avec les enfants du village calaisien en leur permettant de participer aux compétitions organisées localement. « Beaucoup attendent ces rendez-vous, y compris les moins sportifs, explique-t-elle. Il ne s’agit jamais de chercher un podium, mais juste de se rendre compte des bienfaits de l’activité physique. » Un message que Jérémy a bien compris. Progresser dans le sable, le vent de face, doublé par des dizaines de sportifs surentraînés, n’a rien de facile. Mais il est allé au bout de son effort : champion de lui-même.

 

UN DROIT À DÉFENDRE

 

Faire du sport, suivre une activité artistique ou culturelle, ce n’est pas seulement se dépenser, exprimer sa créativité ou se détendre. C’est aussi, pour les enfants et les jeunes des villages SOS comme pour les autres, changer de cadre, échanger avec des personnes qui n’appartiennent pas à notre environnement habituel, expérimenter, se surpasser parfois, se découvrir toujours, et emmagasiner des souvenirs qui nourriront de futures manières d’être et de penser. Et c’est pourquoi le droit au repos, aux loisirs, au sport et à la culture est inclus dans l’article 31 de la Convention internationale des droits de l’enfant. Le Défenseur des enfants y consacrera notamment son prochain rapport, auquel SOS Villages d’Enfants a apporté sa contribution. Car, pour l’association française, faciliter l’accès à ces pratiques est une absolue priorité. « Les enfants accueillis en villages SOS sont fragilisés par leur histoire familiale, les maltraitances et les délaissements qu’ils ont souvent subis et, à l’adolescence, beaucoup ressentent de la défiance vis-à-vis de leurs référents éducatifs : mères SOS, éducateurs, enseignants », explique Olivier Dricot, responsable de la Maison Claire Morandat, établissement valenciennois de SOS Villages d’Enfants, dédié à l’accompagnement des jeunes de 16-21 ans vers l’autonomie. « Les activités sportives et culturelles sont des leviers de résilience. Elles leur permettent d’entrer en contact avec des adultes, avec lesquels ils ont un rapport affectif et éducatif plus distant, ce qui les aide à réviser, rééquilibrer leur comportement.» C’est aussi une manière de les inclure dans une forme de « normalité», puisque la plupart des jeunes du même âge vivant avec leurs parents ont accès à ces pratiques. « Et puis, sur un terrain de football, ils sont regardés comme attaquant, défenseur, gardien… pas comme des jeunes de l’aide sociale à l’enfance », ajoute Olivier Dricot.

 

SE SENTIR BIEN AU QUOTIDIEN ET S’INSÉRER SANS SON ENVIRONNEMENT

 

Au sein des villages SOS, le sport relève des fondamentaux de la prise en charge. Dans son bureau comme en voiture, Antoine Thouroude, directeur du village de Digneles-Bains, a toujours un ballon à portée de main. « Le sport fait partie de ma vie personnelle, explique-t-il. Ne pas cacher ces ballons a une valeur d’exemple : l’activité physique est une pratique normale, habituelle. » À chaque rentrée scolaire, les équipes du village de Digne-les-Bains emmènent les enfants au forum des associations et les incitent à s’inscrire à une activité pour l’année. « Cela ne va pas de soi pour eux, poursuit Antoine Thouroude. Beaucoup viennent de familles en difficultés sociales ou économiques dans lesquelles faire du sport n’était pas une priorité. Chez nous, ça l’est ! » Presque tous les enfants pratiquent donc un sport, à l’exception de quelques adolescents qui arrêtent, ce que regrette le directeur : « Les activités sportives occupent l’esprit, mais nourrissent aussi la vie sociale.» Pour les autres, le sport a une telle place que, lorsqu’un week-end chez les parents est prévu un jour de compétition, beaucoup d’enfants rechignent à laisser leurs copains. Quand c’est possible, l’équipe du village propose donc aux parents de les accompagner à ces rendez-vous sportifs. « Certains
ont des échanges assez limités avec leurs enfants, c’est donc aussi une manière d’enrichir les liens entre eux », ajoute Antoine Thouroude.

 

Les 40 enfants du village de Digne ont également tous un vélo que les plus grands utilisent pour se rendre en ville ou à l’école. En fin de semaine, enfants et adultes du village qui le souhaitent participent ensemble à de petites courses. « Cela permet d’évacuer le stress de la semaine, mais c’est aussi un temps de partage très différent entre les jeunes et les encadrants, explique le directeur du village. Les adultes ne sont pas toujours les plus forts à l’exercice, et les enfants deviennent alors ceux qui soutiennent et encouragent. C’est très valorisant. » Enfin, le directeur de Digne-les-Bains, qui pratique le parapente, va proposer à certains jeunes en difficulté un stage de cinq jours autour de ce sport. De quoi gonfler leur confiance en eux autant qu’une voile de parapente ! Pour certains, la découverte du sport est
une révélation.

 

Dylan*, 16 ans, ne connaissait presque rien au rugby avant qu’un de ses copains du village de Persan ne l’emmène voir un match au stade Jean-Bouin, à Paris. Il avait alors 10 ans et venait d’arriver au village SOS après le décès de sa mère. Séduit par ce jeu, il s’y essaye et se découvre un réel talent, au point d’être un jour repéré par le prestigieux club du Montpellier Hérault Rugby. Dylan suit aujourd’hui un cursus sport-études et espère passer professionnel à sa majorité. « Il y a beaucoup de concurrence, dit le jeune homme, qui mise sur ses points forts : vitesse et puissance. Et si je ne deviens pas joueur, je serai entraîneur. » De ce sportif très prometteur, Mélanie Rodrigues-Pula, son aide familiale, souligne qu’il a toujours été un enfant facile et souriant. « Il n’a jamais voulu qu’on lui “colle l’étiquette” d’enfant confié. Pour lui, jouer au rugby, c’était aussi sortir de l’environnement du village, échanger avec d’autres jeunes, d’autres adultes, se confronter à des contraintes différentes. Et partir en internat si jeune lui a fait gagner en maturité très rapidement. » « Le rugby m’a aidé à faire mon deuil, analyse-t-il. Sur le terrain, on est une équipe, un collectif solidaire, on se bat pour les autres.C’est une manière de ne pas s’enfermer dans ses soucis.»

 

UN OUTIL THÉRAPEUTIQUE

 

Jouer la carte collective, c’est aussi l’un des atouts du programme d’épanouissement par le sport (PEPS). Chaque année, il permet à une soixantaine de jeunes de 12 à 16 ans de participer à des séjours sportifs d’une semaine : équitation, randonnée et sports aquatiques (natation, plongée, kayak, voile). Le programme a été créé en 2010 pour aider les adolescents ayant des rapports compliqués avec les adultes, la notion de règles ou souffrant d’un manque de confiance en eux. Car si les séjours font la part belle aux activités collectives, leur finalité est de faire évoluer chacun individuellement : « L’adolescence est un énorme bouleversement physique, psychologique et relationnel, rappelle Moustapha Benherrat, responsable du PEPS. Pour des enfants ayant des traumatismes psychologiques, la période est souvent difficile à vivre. Certains ont un rapport compliqué à leur corps. Confrontés à la nature, au groupe, à l’effort, à la persévérance, ils sont poussés à évoluer. Non pour nier leur histoire, mais pour l’intégrer dans leur vie et avancer. Ces séjours sont thérapeutiques : ils mettent de l’harmonie entre le corps et l’esprit. » C’est ce que vit Lisa*, 14 ans, du village SOS de Châteaudun. La jeune fille nourrit de nombreuses idées noires, se scarifie, évoque parfois le suicide. Seule fille d’une fratrie de cinq enfants, elle a grandi avec l’injonction familiale d’être forte, de ne jamais pleurer, et se sent responsable de ses deux petits frères de 9 et 12 ans, comme « une petite mère de substitution ». « Mais son comportement s’est beaucoup amélioré cette année et il ne fait aucun doute que sa participation au PEPS Randonnée y a beaucoup contribué», se réjouit Ilona Grouzé, éducatrice au village SOS de Châteaudun et encadrante sur les séjours sportifs. L’activité physique a aidé Lisa à évacuer son stress et à chasser ses idées les plus sombres, qui naissent des responsabilités qu’elle s’impose et qui sont bien trop grandes pour elle. « Avec le stage sportif, Lisa a appris à faire confiance aux adultes et à mieux verbaliser son mal-être, complète l’éducatrice. Elle a été éloignée de ses parents et a vécu des ruptures, mais elle a pris conscience que même si les gens ne sont pas là pour toujours, il est possible de vivre avec eux des expériences fortes, sincères, positives, comme elle l’a fait pendant les séjours sportifs. »

 

Pendant un stage, l’activité physique est centrale, mais ne représente qu’une partie de ce qui se joue. Avant et après le sport, il y a le quotidien : faire son sac, se déplacer, faire les courses, préparer les repas, ranger, nettoyer, organiser les soirées… « Cette vie collective est tout aussi importante dans l’évolution comportementale des adolescents, explique Lydie Fasilleau, éducatrice familiale au village de Calais. Ainsi, au début du séjour, certains cherchent à esquiver les tâches ménagères, mais à la fin, ils sont tous volontaires pour aider. » Le cercle nautique de la baie du Pouliguen a accueilli le stage de sport 2023. Lydie se souvient encore avec émotion du jour où les jeunes se sont mis à l’eau pour aider de petits bateaux conduits par de tout jeunes navigateurs, à rentrer en les poussant sur la plage. « Ce coup de main spontané, le directeur du cercle ne l’avait jamais vu avant ! Nous étions si fiers de nos jeunes. »

 

Pour les encadrants du programme d’épanouissement par le sport, mais aussi pour les mères et pères SOS, la nouvelle confiance en soi acquise pendant les stages est visible : finis les postures un peu gauches, les regards fuyants ou les dos courbés. « Après les séjours, les regards sont plus francs, les ados se redressent, prennent soin de leur apparence, confirme Olivier Dricot. Mais le programme prend toute sa dimension lorsque les éducateurs les aident à transposer leurs nouvelles compétences dans leur quotidien. Lorsqu’un jeune stresse avant une épreuve scolaire, alors qu’il s’est montré parfaitement prêt, confiant ou leader sur un mur d’escalade, notre rôle est de l’aider à faire le pont entre ces deux moments de vie. »

 

Enfin, pour les jeunes les plus en difficulté, des stages de sport individuels existent également. Pendant quatre week-ends programmés sur une période de six mois autour d’une activité physique, le jeune peut avancer en tête-à-tête avec Moustapha Benherrat. Devenir professeur d’éducation physique et sportive, c’est l’ambition de Zoé*, 17ans, accueillie au village de Calais depuis sept ans. « Je suis d’un caractère timide, le sport m’a aidée à m’ouvrir aux autres, dit la jeune fille.D’ailleurs, à la fin des séjours, lorsqu’on sait qu’on ne se reverra plus, les larmes coulent ! On vit des moments si forts. » Moustapha Benherrat lui a donc proposé de continuer, mais, cette fois, comme stagiaire. « Je suis passée du côté de ceux qui aident et encadrent, c’est super ! Je participe aux réunions du soir, pendant lesquelles les
adultes font le point sur la journée et sur les comportements des uns et des autres. J’apporte mon regard de jeune, qui est différent, et c’est, pour moi, une manière d’apprendre mon futur métier. »

 

LA CULTURE, VECTEUR D’EXPRESSION ET DE RÉSILIENCE

 

L’activité artistique est une autre manière d’accéder à ce droit aux loisirs. Celle-ci est bien sûr pratiquée dans chaque village, mais celui de Châteaudun a pour particularité de posséder une maison des activités qui y est entièrement dédiée. « Nous l’avons aménagée avec les enfants, essentiellement à partir d’objets de récupération: c’est leur petit cocon », se félicite son initiatrice, Lara Obrecht, monitrice-éducatrice et art-thérapeute du village. Une grande pièce à vivre accueille canapés et bibliothèque, une cuisine permet d’organiser des soirées pizzas ou crêpes, le garage abrite une table de ping-pong, un babyfoot, des outils pour le jardin. À l’étage se trouvent un atelier d’expression artistique et une pièce de repos et d’isolement baptisée « Doudous room » par les enfants. « Faire preuve de créativité, c’est exprimer sa capacité à vivre, explique l’éducatrice. Lorsqu’un enfant trouve comment transformer une vilaine coulure de peinture sur son dessin en quelque chose d’intéressant, il saura, demain, faire face à d’autres obstacles sans rester dans la frustration, la colère ou l’apitoiement. » Tout comme le sport, l’art permet aux jeunes qui sousestiment leurs compétences ou les nient de se regarder différemment. Lara Obrecht se souvient d’un échange avec Jeanne*, une jeune fille particulièrement exigeante avec elle-même, alors âgée de 14 ans. Ce jour-là, Lara l’avait invitée à « jeter des couleurs» sur une feuille. Jouer sur les taches, le geste, la spontanéité n’allait pas de soi pour elle. « C’est très moche, ce que j’ai fait», a-t-elle lancé à l’éducatrice, sa création achevée. Lara Obrecht a alors accroché la feuille au mur et a demandé aux autres enfants de l’observer. « L’un a dit “je vois un soleil”, se rappelle l’éducatrice. D’autres y ont vu des fleurs, de la joie. Une petite a même lancé: “C’est un champ dans lequel j’aimerais courir”. Les yeux de Jeanne se sont écarquillés. “Ce n’est peut-être pas si moche, ce que j’ai fait”, m’a-t-elle dit timidement. C’était pour elle une immense victoire d’acceptation de ses qualités. Les enfants des villages ont parfois un regard négatif sur eux-mêmes car ils se sentent coupables d’avoir été confiés hors de leur famille. Peindre, modeler, bricoler… c’est extérioriser ses sentiments, trouver un chemin de paix intérieure. »

 

Les bénéfices à la fois individuels et collectifs des pratiques sportives et culturelles sont nombreux. Mais mettre en place ces rendez-vous exige un investissement financier, et surtout beaucoup de temps et d’implication des équipes. « Enfants comme adultes des villages ont des agendas très chargés et cela demande, en effet, une grande capacité d’organisation, confirme Antoine Thouroude. Mères et pères SOS, éducateurs, encadrants ou agents d’entretien, il nous arrive à tous de répondre présent lorsqu’il s’agit d’emmener l’un au judo, avant de récupérer l’autre à la fin de son entraînement de foot. Mais cela vaut le coup ! » Et puis, si les jeunes gagnent en autonomie, évacuent leur stress, apprennent à gérer de nouvelles contraintes, à se socialiser différemment, ces pratiques profitent aussi aux professionnels. « Les jeunes nous offrent une autre version d’eux-mêmes à partir de laquelle nous pouvons faire évoluer notre accompagnement, conclut Moustapha Benherrat. En fin de compte, nous grandissons ensemble ! »

 

 

* Les prénoms des enfants ont été modifiés

 

 

UNE BOURSE À PROJETS QUI TIENT SES PROMESSES

Depuis 2021, une bourse à projets permet de soutenir les initiatives novatrices des villages SOS, pour accompagner autrement les enfants en situation complexe.

 

 

Certains des enfants accueillis en village SOS manifestent plus que d’autres des comportements insaisissables, difficiles à contenir et à prendre en charge pour les équipes éducatives. Une situation liée à des traumatismes vécus pendant l’enfance, qui peut mettre en difficulté les professionnels, et notamment les mères SOS, malgré les trésors de patience et de bienveillance déployés : « Lorsque cela prend des formes d’agressivité, elles ressentent parfois des sentiments d’échec, de culpabilité, voire d’insécurité», explique Sylvie Delcroix, référente Protection des enfants de l’association.

 

Ces comportements peuvent aussi peser sur les autres enfants de la maison, l’éducatrice familiale étant moins disponible pour eux, car davantage mobilisée par celui qui est « en crise ». Pour mieux répondre aux besoins de ces enfants et jeunes en souffrance, une « bourse à projets » a été lancée en 2021 par SOS Villages d’Enfants — dans le cadre du déploiement de sa politique associative de protection des enfants — pour financer, dans ses établissements, des activités autour du bien-être, de la gestion des émotions et de la médiation corporelle. Des séances de yoga, danse, boxe, sophrologie, mais aussi des ateliers de fabrication de cosmétiques, des temps de détente dans un espace Snoezelen (1) ou encore des activités de médiation animale, avec des chevaux, des chiens ou des animaux de la ferme ont pu ainsi être financés. « Chaque village choisit ses activités en fonction des besoins qu’il identifie, de ses partenaires locaux, des compétences de ses salariés », précise Sylvie Delcroix. Certains de ces projets reposent sur des activités individuelles, d’autres sur des actions collectives, mais parfois les deux approches coexistent. De même, certains ateliers sont animés par des collaborateurs des villages, d’autres par des professionnels externes ou encore des associations locales. Aussi diverses soient-elles, ces activités ont le même objectif de bienêtre physique et mental : « La crise sanitaire a eu un fort impact sur la santé mentale des enfants, reprend Sylvie Delcroix. Dans un contexte où les professionnels en pédopsychiatrie manquent pour répondre à toutes les sollicitations, notre objectif est de ne pas tout faire reposer sur la dimension du soin. La prise en charge des traumatismes relève aussi de l’approche éducative au quotidien et du bien-être. Chacun peut donc y contribuer. »

 

L’an passé, presque tous les villages d’enfants SOS ont présenté leur projet et bénéficié de cette bourse. Seize projets ont ainsi été financés à hauteur de 1 500 € chacun. Convaincu de sa pertinence, SOS Villages d’Enfants a renouvelé l’opération cette année, en doublant le budget alloué, qui sera désormais de 3000 € par village.

(1) Les espaces Snoezelen sont des lieux de détente et de relaxation, composés d’éléments qui stimulent les cinq sens grâce à de la musique, des tissus, des lumières, des fibres optiques, des objets à malaxer ou à caresser.

L’ÉDITO DE MARTIN

Chaque trimestre, un jeune d’un village d’enfants SOS nous parle de lui dans un entretien libre.

 

« Je m’appelle Martin*, je passe en 6e et j’ai 11 ans. Je vis au village SOS depuis l’âge de 3 ans, avec mon jumeau Léo, et notre frère Gabriel, qui a un an de plus.

 

Dans la maison, c’est marrant, parce qu’il y a une fille, mais aussi deux autres jumeaux de 4 ans. J’ai ma chambre à moi, avec beaucoup de magazines de foot, car avec mes frères, on adore ça. On a commencé tout petits. Je m’entends bien avec Léo, c’est un peu mon meilleur copain, même si, parfois, on s’embête pour rien, ou on se dispute quand je veux pas lui prêter des chaussures ou quand il me prend des vêtements.

 

Moi, je suis très sociable, je peux m’énerver vite, mais je redescends aussi vite. Lui, il est plus zen, mais quand il s’énerve, il met plus de temps à se calmer ! On a plein de copains, au village et à l’extérieur, mais ce qui est important pour moi, c’est de les garder. Je préfère avoir quatre ou cinq bons amis que je garderai toujours plutôt que beaucoup qui déménagent et que je ne reverrai pas. D’ailleurs, mes meilleurs amis, Sacha, Mathis, Naël et Alice, je les ai depuis la maternelle. Avec eux, comme avec mon frère, on se soutient, on est solidaires. Et je trouve ça important, parce que comme le dit le proverbe africain : « Seul, on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ! » C’est ce qui me plaît aussi dans le foot : le jeu collectif, la tactique, et surtout le contrôle de la balle en ligne droite, en regardant partout si d’autres sont là pour que je leur passe le ballon et qu’on avance ensemble.

 

L’année dernière, mon frère a été élu « petit maire » de notre ville, et moi, j’étais son adjoint. C’était bien, parce qu’on a eu l’impression que les gens nous prenaient plus au sérieux, nous écoutaient davantage. Léo, il dit qu’être « petit maire » lui a appris plein de choses, et avec le conseil municipal des enfants, on a voulu créer quelque chose qui change un peu, alors on a proposé un parcours sensoriel à faire pieds nus, qui a été installé cet été près de la mairie pour que tout le monde en profite.

 

J’aime bien le théâtre aussi. On a écrit et monté un spectacle avec ma classe, cette année, pour sensibiliser au handicap et dire que tout le monde a sa place. On a gagné un prix de citoyenneté, on était fiers ! »

 

* Par soucis de confidentialité, les prénoms ont été modifiés.

 

 

AWA : LE COURAGE ET LE SOURIRE AU QUOTIDIEN

 

Arrivée très jeune au village d’enfants SOS de Bamako, Awa fait aujourd’hui ses premiers pas dans la vie professionnelle avec le soutien de SOS Villages d’Enfants Mali.

 

 

Awa Kamaté, 22 ans, réside à Sikoroni, une localité proche de Bamako, au Mali, et sa ville de naissance. Accompagnée par son frère jumeau et l’une de leurs grandes sœurs, Awa a rejoint le village d’enfants SOS de Bamako à l’âge de trois ans, un an après le décès de leur mère. « Notre père souhaitait être un bon père et il a tout fait pour que nous soyons heureux, mais il n’était pas en capacité d’élever ses quatre enfants, explique la jeune femme. Seule notre sœur aînée a pu rester avec lui. »
Awa a vécu au village SOS jusqu’à l’âge de 16 ans, puis a été accueillie par des parents proches de sa famille élargie. « Je garde le souvenir d’une vie agréable au village SOS. J’étais une fillette timide, mais entourée de beaucoup de personnes bienveillantes. D’ailleurs, nous étions enviés par les autres enfants qui ne vivaient pas au village SOS. Ils voyaient que de nombreux adultes s’occupaient de nous. »

 

Pendant toute leur vie au village d’enfants, l’association a permis à Awa et à ses sœurs et son frère de conserver des liens avec leur père, qui venait les voir régulièrement et les accueillait pendant les vacances. Aujourd’hui adulte, Awa vit encore avec son frère jumeau, désormais dans la maison de leur père. « Mais il n’est plus là, explique Awa. Malade depuis quelques années, il est décédé fin janvier. »

 

 

 

DÉPASSER SA TIMIDITÉ

 

Après avoir tenté de décrocher son bac, malheureusement sans succès, Awa se tourne vers les métiers de l’hôtellerie. Elle bénéficie alors du soutien à l’entrée dans la vie professionnelle d’IMAJ, le programme d’innovation pour une meilleure autonomisation des jeunes de SOS Villages d’Enfants (voir encadré), avec notamment une bourse qui lui permet d’entamer ses études à l’école hôtelière Chacka Sidibé. « J’ai suivi des cours à la fois théoriques et pratiques, raconte-t-elle. C’était un univers dont j’ignorais tout et je me souviens avoir pleuré lorsque notre enseignant nous a présenté le travail, la toute première fois. Je pensais ne jamais y arriver ! » La jeune femme reconnaît avoir eu des difficultés à trouver ses marques à cause de sa timidité. Mais pendant toute sa formation, un éducateur du programme IMAJ a échangé régulièrement avec elle. Elle a également suivi un module pour apprendre à bien gérer son budget et un autre pour mieux communiquer.

 

Diplôme en poche, Awa a décroché un premier stage à l’hôtel Radisson Collection de Bamako, puis un second à l’Azalaï Hôtel, où elle a été embauchée fin novembre 2022, au bout de trois mois de stage. Si Awa aime son métier, elle ne cache pas qu’il est parfois difficile. « Faire en sorte que les chambres soient toujours parfaites est assez physique. Nous sommes toujours en mouvement pour porter, ranger, installer, remplacer les draps. » Ce qui lui plaît le plus dans son quotidien est la joie de vivre de ses collègues : « C’est un métier qui exige que nous soyons souriantes et bienveillantes avec les clients, et donc aussi entre nous. »
Bien qu’elle soit encore une jeune employée, Awa espère pouvoir évoluer un jour vers un poste de cheffe d’équipe.
« J’ai encore beaucoup à apprendre, mais je suis appliquée, volontaire et prête à reprendre des études pour y parvenir. » Cette capacité à travailler, Awa la doit à Aminata, la mère SOS avec laquelle elle a passé le plus de temps. « Elle tenait à ce que nous ne manquions jamais l’école, se souvient-elle, et nous répétait de ne jamais nous décourager
face aux obstacles. »

 

Enfin, son avenir, Awa l’imagine aussi en famille : « J’aimerais avoir quatre enfants ! », déclare-t-elle avec le sourire et l’enthousiasme de la jeune femme volontaire et bien dans sa peau qu’elle est devenue.

 

 

LE PROGRAMME IMAJ

 

Acronyme d’innovation pour une meilleure autonomisation des jeunes, IMAJ est un programme mis en place à Bamako, Kita et Mopti depuis le 1er avril 2021, pour une durée de trois ans. SOS Villages d’Enfants France le cofinance avec le soutien de la direction de la coopération internationale de Monaco.

« L’objectif d’IMAJ est d’apporter un appui global aux jeunes qui entrent dans la vie active, explique François Vandendriessche, responsable de programmes internationaux. Le dispositif a une dimension psychosociale et vise à aider chacun à comprendre son itinéraire, son histoire familiale, à faire évoluer son estime de soi et à travailler sur son parcours personnel. Un autre volet l’aide à acquérir une autonomie économique: choisir sa formation, définir son projet professionnel, rédiger une lettre de motivation, bien se comporter en entreprise, gérer son budget… S’y ajoute l’octroi de bourses d’études ou de stages qui permettent aux jeunes de se déplacer, se nourrir, se vêtir. » la bourse dont a bénéficié Awa est issue d’un partenariat spécifique entre SOS Villages d’Enfants Mali, la principauté de Monaco et l’école hôtelière Chacka Sidibé.
« Les jeunes sont aussi sensibilisés aux questions de citoyenneté, de droits, de santé, complète François Vandendriessche. Et ceux qui choisissent de monter leur auto entreprises ont accompagnés et reçoivent également un soutien financier. » enfin, une dernière partie du programme IMAJ est destinée aux salariés de SOS Villages d’Enfants pour les aider à renforcer leurs compétences.

Accompagner la reconversion de vos collaborateurs avec SOS Villages d’Enfants

 

 

SOS Villages d’Enfants propose à ses partenaires de créer un programme d’accompagnement à la reconversion de leur personnel pour les accompagner vers les métiers de pères/mères SOS ou d’aides familiaux au sein des villages d’enfants SOS.

 

 

La famille des villages d’enfants SOS s’agrandit

 

En 2023, SOS Villages d’Enfants ouvrira 3 villages SOS, dans l’Allier et en Charente-Maritime. Il s’agit du début d’une phase de développement sans précédent pour l’association, notamment portée par la loi Taquet 2022, qui rappelle le principe de non-séparation des fratries au moment de leur placement. Une véritable reconnaissance du modèle porté par SOS Villages d’Enfants depuis sa création en 1956 : offrir à des frères et sœurs séparés de leurs parents la chance de grandir ensemble, dans un cadre de vie de type familial.

De nombreux conseils départementaux ont donc choisi de faire évoluer leurs offres d’accueil des enfants éloignés de leurs parents par décision de justice. Ils ont pour cela choisi de faire confiance à l’expertise de SOS Villages d’Enfants. 11 nouveaux villages d’enfants SOS ouvriront ainsi entre 2024 et 2027.

 

Un défi de taille : le recrutement des pères et mères SOS

 

Pour SOS Villages d’Enfants, le principal défi est de recruter et former les pères/mères SOS et aides familiaux qui prendront soin au quotidien des enfants accueillis dans ces villages SOS.

Ces hommes et ces femmes porteront en effet le cœur du projet associatif : offrir aux enfants qu’ils accompagneront la stabilité affective et éducative nécessaire à leur reconstruction. Ce métier formidable, n’est pas sans contrainte et sans exigence. C’est pourquoi il est primordial de trouver les candidats idéaux.

Pour répondre à cet enjeu majeur, l’association s’est dotée d’une cellule de recrutement dédiée et travaille avec l’ensemble des acteurs locaux pour faire connaître ces métiers.

SOS Villages d’Enfants a également choisi de faire appel à ses partenaires dans le cadre d’une démarche innovante.

 

Accompagner la reconversion de vos collaborateurs : une démarche innovante

 

SOS Villages d’enfants propose aux entreprises qui le souhaitent de coconstruire un programme d’accompagnement vers la reconversion de leurs collaborateurs vers les métiers de pères/mères SOS et d’aides familiaux.

 

Concrètement, SOS Villages d’Enfants pourra animer des sessions d’informations collectives, organiser des entretiens individuels et intégrer les personnes intéressées dans son programme de recrutement. Si l’entreprise souhaite mettre en place un projet de reconversion collective, celui-ci pourra s’inscrire dans le cadre du dispositif « Transition Collective » mis en place par le Ministère du Travail.
 

L’équipe partenariats et la cellule de recrutement se tient à votre entière disposition pour esquisser ensemble un programme qui réponde à vos attentes et celles de vos salariés.

 

Un métier unique au sein de la protection de l’enfance

 

Les mères et pères SOS ainsi que les aides familiaux portent tout le cœur du projet associatif de SOS Villages d’Enfants. Présent 24h/ 24 et 7 j/7 aux côtés des enfants, ils incarnent les figures d’attachement et des « tuteurs » de résilience stables.

 

Ces éducateurs et éducatrices familiaux accompagnent 4 ou 5 enfants. Ils sont les premiers repères des enfants et leur rôle est d’organiser leur vie quotidienne : préparer les repas, les accompagner à l’école, aider à faire les devoirs, consoler les chagrins… Tous ces gestes qui paraissent banals dans n’importe quelle famille, prennent ici une importance particulière. Ils aident les enfants à retrouver la stabilité, les repères et l’affection qui leur permettent de se reconstruire et de s’épanouir.

 

Il n’est pas nécessaire de posséder un diplôme d’éducateur pour exercer ces métiers. SOS Villages d’Enfants a créé un programme de formation continue et de mentorat lors des deux premières années d’exercice.

 

Pour en savoir plus.

 

 

 

 

Partenariat Monabanq : quand finance rime avec protection de l’enfance

 

Depuis le début de l’année, pour chaque nouveau compte courant ouvert, la banque en ligne Monabanq fait un don en faveur de SOS Villages d’Enfants. 

 

 

Une opération solidaire reconduite

 

Monabanq réaffirme son soutien à SOS Villages d’Enfants avec la mise en place d’un dispositif solidaire à certains moments de l’année :  à chaque nouvelle ouverture de compte courant, la banque en ligne reverse 1 € à SOS Villages d’Enfants. Une première opération avait déjà été mise en place en 2021.

Une belle illustration de sa signature, désormais phare : « Les gens avant l’argent ».

 

Parmi les leaders de son secteur, Monabanq permet ainsi à ses nouveaux clients de s’associer à sa démarche en faveur de la protection de l’enfance. 

 

 

Un soutien fidèle et revendiqué

 

Partenaire de l’association depuis 2019, Monabanq a pendant un temps proposé à ses clients de reverser leurs primes de bienvenue à SOS Villages d’Enfants pour apporter un soutien concret aux enfants accueillis en villages d’enfants SOS.

 

Par la suite en 2020, Monabanq avait aussi soutenu SOS Villages d’Enfants par le biais de la publicité solidaire, proposée par la plateforme Goodeed. Une opération publicitaire innovante qui a donné une dimension supplémentaire à l’engagement de l’entreprise. Ce soutien avait notamment permis d’apporter une aide aux villages d’enfants en France, dans le contexte de l’épidémie de covid19.  

 

Cette année, en plus du dispositif solidaire pour les nouveaux clients, Monabanq a associé SOS Villages d’Enfants à une campagne de communication TV, diffusée en amont de la série culte et familiale « Scènes de ménage » sur M6.

Du mécénat de compétences avec Kärcher

 

 

 

Au mois de mai dernier, quatre volontaires et experts de Kärcher France se sont rendus au village de Châteaudun pour une opération de nettoyage. L’objectif de ce mécénat de compétences était d’offrir aux enfants et accompagnants des espaces extérieurs propres pour l’arrivée des beaux jours. 

 

Un partenariat grandissant 

 

Le partenariat entre SOS Villages d’Enfants et Kärcher, leader des solutions de nettoyage, est né en 2021. Cette année-là, et pour marquer ce nouveau lien qui unissait les deux entités, une opération commerciale avait été menée avec la mise en vente d’un nettoyeur de vitres où, pour chaque produit acheté, 1€ était reversé à l’association. 

En 2022 et en complément d’un support financier annuel, Kärcher France avait mis en place plusieurs événements au cours de l’année. Une visite au château de Fontainebleau a été organisée pour les enfants des villages SOS de Plaisir et de Persan. Cette journée a été l’occasion pour eux de visiter le château et d’en découvrir son histoire, tout en partageant un goûter avec les collaborateurs de Kärcher au sein de cet emblème historique. Enfin, toutes les équipes de Kärcher France se sont réunies autour d’un challenge sportif pour récolter des dons pour l’association. Ensemble, ils devaient cumuler le plus de pas possible sur une période donnée. 

 

 

 

Les actions en 2023  

 

En 2023, le soutien de Kärcher a pris une autre dimension puisque cette année est marquée par la mise en place d’un mécénat de compétences. Deux villages SOS « pilotes », Châteaudun et Jarville, ont été choisis pour des opérations de nettoyage de leurs espaces extérieurs. 

Après une visite technique en janvier, la phase de nettoyage à Châteaudun s’est déroulée au mois de mai dernier, sous les premiers rayons de soleil de l’année. Cette opération de nettoyage a été suivie par une après-midi réservée aux enfants, un moment de partage entre ces derniers et les salariés de Kärcher. Après une rapide présentation de l’entreprise et de l’histoire du partenariat avec SOS Villages d’Enfants, un ballon floqué aux couleurs de la marque a été distribué à chaque maison familiale. Ensemble, ils ont aussi partagé un goûter et les enfants ont pu tester certains appareils de nettoyage Kärcher, encadrés par des professionnels. 

La même opération est prévue au village d’enfants SOS de Jarville au second semestre. Et, fort du succès de cette première expérience, celle-ci sera étendue à d’autres villages SOS l’an prochain. 

Mère SOS : un métier unique

 

Dans les villages d’enfants SOS, les éducatrices et éducateurs familiaux accompagnent au quotidien des enfants et des jeunes marqués par une histoire chaotique. Entre câlins et chagrins, rires et bêtises, complicité et opposition, les mères et pères SOS leur donnent le sentiment de sécurité et l’affection nécessaires pour grandir et se reconstruire. Un métier unique et un engagement immense, soutenus par l’équipe pluridisciplinaire du village. 

 

 

Sans nos éducatrices familiales, nos mères SOS, l’association n’existerait tout simplement pas. Elles sont au cœur de notre projet et exercent un métier unique au monde », rappelle Bruno Doyon, directeur du village de Marange-Silvange. Ces femmes, et quelques hommes ou « pères SOS », vivent dans des maisons familiales avec quatre, cinq ou six enfants confiés par la justice et accueillis par SOS Villages d’Enfants pour les protéger d’un environnement familial dangereux ou négligent. Ils sont à pied d’œuvre 24 heures sur 24, dès le matin et jusque tard le soir, souvent pendant 21 jours d’affilée, relayés par des aides familiaux avec lesquels ils forment un binôme précieux. Leur quotidien – s’occuper de la maison, des courses, des bains, des repas, des devoirs, des rendez-vous médicaux… – n’est ordinaire qu’en apparence. Chaque jour, les mères et pères SOS écoutent, câlinent, consolent, grondent, patientent, encouragent, imaginent mille et une astuces pour accompagner le mieux possible des enfants fragilisés par des parcours jalonnés de ruptures familiales, et bien souvent par d’importants traumatismes. Les enfants s’appuient sur leurs éducatrices et éducateurs familiaux pour se remettre debout, apaiser leurs peurs, faire à nouveau confiance et s’aimer soi-même. Le lien d’attachement est au cœur de l’approche de SOS Villages d’Enfants : « Pour bien grandir, un enfant a besoin de liens d’attachement solides avec des adultes de référence qui ne changent pas tous les jours, explique Bruno Doyon. C’est une construction lente, mais solide. Et lorsqu’un enfant connaît une difficulté, lorsqu’il échoue, trébuche, doute ou souffre… il sait vers qui se tourner les yeux fermés. » La maison familiale est le cadre chaleureux, vivant et rassurant qui favorise cette résilience. « Les villages sont de petites structures d’une dizaine de maisons qui ont chacune leur personnalité, souligne Luigi Caria, chef de service éducatif au village de Busigny. L’environnement dans lequel grandissent ces enfants est aussi proche que possible de celui d’un foyer classique. »  

 

L’IMPORTANCE DE COMPTER POUR QUELQU’UN

 

Les enfants ayant souffert de maltraitance ou de négligences parentales, voire de psychotraumatismes, ont non seulement besoin de sécurité, mais aussi d’exister dans le regard des adultes : c’est le premier rôle des éducatrices et éducateurs familiaux. « J’ai remarqué à quel point ils étaient touchés, à leur arrivée, par le fait qu’on leur prépare une belle chambre, décorée à leur goût, avec des meubles que l’on va acheter ensemble, note Sabine Mancel, mère SOS au village de Plaisir depuis 2018, après y avoir travaillé pendant huit ans comme aide familiale. Choisir un poster, un tapis, un bureau qui leur plaît, cela paraît banal, mais pour eux, c’est souvent une marque d’attention extraordinaire. » Pour accompagner ces enfants, l’affection, l’attention, la patience, la compréhension ou encore l’écoute sont essentielles. Mais, ajoute l’éducatrice familiale, « quel qu’ait été leur passé, tous ont aussi besoin de repères et de règles : ce qu’on n’a pas le droit de faire, les mots à éviter, les comportements à adopter avec les autres enfants, les adultes, à table ou à l’école… Un cadre que je construis avec eux et qui, une fois posé, les rassure énormément. » 

 

Marie-Anne d’Hervé, éducatrice familiale au village de Châteaudun depuis 18 ans, confirme qu’un environnement stable, avec des règles claires, est un facteur d’apaisement. « Cela passe par des habitudes, des horaires réguliers pour nos activités, explique-t-elle. J’accorde aussi beaucoup d’importance à la participation à la tenue de la maison. Les enfants ont d’eux-mêmes créé un “tableau de service”. Il indique qui met la table ce jour-là, qui est chargé de passer l’aspirateur, qui prend sa douche le premier… Avoir des responsabilités et la satisfaction d’y parvenir, c’est très structurant et ça leur fait gagner en autonomie. » 

 

S’ADAPTER A CHAQUE ENFANT

 

Accompagner ce mieux-être demande aussi beaucoup d’imagination. « Nous nous réinventons chaque jour, car ce qui fonctionne pour un enfant ne fonctionnera pas pour un autre, confirme l’éducatrice familiale de Châteaudun. Nous avons à la maison un petit garçon de 7 ans qui a un peu de mal à grandir. Il est si mignon que les grands ont toujours envie de l’aider ou de faire à sa place… Alors, je lui ai créé une “feuille des progrès d’Arthur *”. Chaque fois qu’il réussit à faire quelque chose seul (prendre sa douche, préparer son cartable…), il y colle un petit cœur de couleur. » Pour Yann, 12 ans, au tempérament colérique, elle a créé un “coin BD” dans sa chambre. « Canapé, coussins, plaids… C’est un cocon où nous sommes convenus qu’il irait se calmer en cas de crise et… ça marche ! » Dans les Yvelines, Sabine Mancel a installé dans sa chambre des « pots à émotions ». « Ces pots à épices sont placés sur un plateau, explique-t-elle. Chaque jour, à tour de rôle, un enfant vient y déposer des petites boules de cotillon dont les couleurs représentent une émotion : sérénité, colère, tristesse… C’est un support de verbalisation pour ces enfants qui ont souvent du mal à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. C’est aussi une façon de créer un temps privilégié avec moi, pendant lequel ils savent pouvoir parler de tout sans risquer qu’une petite oreille indiscrète traîne ! » 

Car l’un des défis des mères SOS est à la fois d’assurer la fluidité d’une vie en petite communauté, tout en étant présente pour chacun individuellement. « Le linge, les repas, les courses, l’aide aux devoirs, les activités sportives, les rendez-vous médicaux… On n’arrête pas un instant, sourit Marie-Anne d’Hervé. Mais dans cette course permanente, il faut savoir passer le temps nécessaire avec l’enfant qui, ce jour-là, va moins bien. Devenir mère SOS est un peu un sacerdoce, un choix de vie qu’on ne fait pas à la légère. » Sabine Mancel utilise également ce mot de « sacerdoce » pour évoquer son métier qui, d’après elle, « efface les frontières entre la sphère privée et l’environnement professionnel ». Bruno Doyon le constate également : « Une mère SOS me disait récemment que lors d’un repas entre amis, l’un d’eux lui avait lancé : “Tu ne parles que de ton travail ! ” Elle avait rétorqué : “Ce n’est pas mon travail, c’est ma vie.” Rien ne résume mieux cet engagement, même si nous veillons à ce que les mères et pères SOS gardent aussi une vie personnelle épanouissante, d’un point de vue social et familial, et… pas trop épuisante ! » 

 

 

JAMAIS SEULES

 

Un engagement exigeant qu’elles partagent en premier lieu avec leurs aides familiaux, qui les relaient après trois semaines intenses. Leur entente est primordiale pour le bien-être des enfants. « Nous sommes là pour nous couler dans le cadre posé par l’éducatrice familiale, mais avec notre personnalité », explique Danielle Bougeois, aide familiale au village de Gémozac depuis janvier 2020. À ses débuts, Danielle se souvient que les enfants voyaient son arrivée comme un nouveau risque de rupture. « Ils comptaient le nombre de dodos avant le retour de leur mère SOS. Aujourd’hui, ils prennent le meilleur de nous deux. Récemment, Julia est venue nous voir lors de la demi-journée pendant laquelle l’éducatrice familiale et moi nous passons le relais. La petite avait dessiné deux cœurs : un cœur rouge et un cœur brisé. Le premier parce que sa mère SOS revenait, le second parce que je la quittais. » 

Si le premier soutien des mères et des pères SOS est donc l’aide familial avec lequel ils travaillent en  binôme, il n’est pas le seul. En effet, l’autre grande particularité du modèle associatif développé par SOS Villages d’Enfants est de proposer un modèle familial soutenu par une équipe pluridisciplinaire. Au sein de la maison commune, des éducateurs, des psychologues, des techniciens d’intervention sociale et familiale, des cadres de direction mettent leur expertise au service d’une même cause, confirme Luigi Caria : « Nous aidons les éducatrices à gérer les débordements comportementaux, ou les violences verbales ou physiques. Ce sont toujours des manifestations en lien avec le passé des enfants, mais les mères SOS peuvent parfois les vivre comme des attaques personnelles, même si toutes sont formées à y faire face. Nous sommes aussi là lorsque tout va bien, pour parler du quotidien, raconter la journée, même quand il ne s’est rien passé de particulier. » 

À Châteaudun, Marie-Anne d’Hervé l’avoue sans détour : elle a choisi ce métier car elle savait qu’elle serait soutenue par une équipe : « Je me suis récemment trouvée confrontée à une adolescente en rébellion, colérique, remettant tout en cause, jetant violemment les livres du salon un peu partout. Ses frères, confiés ailleurs, lui reprochaient d’avoir dénoncé les violences familiales et d’être à l’origine de leur éloignement. Elle vivait très mal cette situation, ce que je comprenais. Mais sa violence était intolérable et menaçait l’équilibre des autres enfants. Et, à force, je finissais par douter de moi : avais-je la bonne approche ? » Une table ronde réunissant la cheffe de service, le directeur, un éducateur et l’adolescente a permis à cette dernière de comprendre qu’elle devait changer de comportement, sous peine de devoir quitter la maison. De son côté, Véronique Laloyaux, psychologue au village de Busigny, se souvient de Kylian, garçonnet de 8 ans, terrorisé par ses cauchemars. « Son éducatrice familiale, épuisée, craignait que Kylian ne manifeste ainsi un manque de confiance envers elle, ce qui n’était pas le cas. Avec lui, nous avons fabriqué des pièges à monstres et des pièges à cauchemars en papier, que nous avons placés sous son lit, sous l’oreiller, sur sa table de nuit… Nous lui avons donné un cahier dans lequel, tous les matins, il dessinerait des sourires lorsque la nuit s’était bien passée. Au bout de quelques jours, il est revenu fièrement me montrer son cahier. Nous avions fait une alliance contre ses angoisses : il n’était plus seul face à son problème… et sa mère SOS non plus ! »

 

 

 

APAISER LA CRAINTE DE « TRAHIR » SES PARENTS

 

Si la question des liens avec la famille d’origine se pose, les visites avec les parents biologiques, dans un lieu neutre de médiation ou chez eux quand c’est possible, bouleversent parfois les enfants, qui manifestent leurs difficultés au cours des jours suivants par des chagrins, des colères ou une opposition systématique. Ils peuvent également se sentir blessés et de nouveau abandonnés, si leurs parents ne se rendent pas aux visites. Les mères et pères SOS doivent alors les soutenir encore davantage. Eux-mêmes ne sont qu’exceptionnellement en contact avec les parents, d’autres professionnels du village étant chargés de travailler avec eux, au sein des maisons des familles, et d’accompagner les enfants aux visites : « Les parents des enfants confiés voient souvent les éducatrices et éducateurs familiaux comme des figures parentales parfaites qui les renvoient à leurs propres difficultés, précise Bruno Doyon. Nous protégeons donc les mères et pères SOS des ressentiments ou de l’agressivité que certains parents pourraient manifester. » 

 

Sans minimiser leurs défaillances, les éducateurs familiaux prennent soin de ne jamais abîmer l’image des parents. Au contraire, plus les enfants comprennent qu’ils ne sont pas en rivalité avec ces derniers, plus s’atténue la peur de « trahir » leurs parents en s’attachant à d’autres personnes. « Je fais un travail de maman, mais je ne suis pas leur mère, et ça, même les petits le comprennent, insiste Marie-Anne d’Hervé. Les enfants dont je m’occupe idéalisent leurs parents qu’ils voient sur des temps de week-end et de congés. Moi, je suis celle qui est pénible, qui exige que les devoirs scolaires soient faits, qui ne les laisse pas jouer aux jeux vidéo jusqu’à 3 heures du matin ou se lever à 14 heures. Les grands savent bien que cette vie-là ne serait pas bonne pour leur santé, leurs études, leur développement, mais cela n’empêche pas les tensions. » 

 

DES PETITES VICTOIRES QUI CHANGENT DES VIES

 

Heureusement, les bonheurs prennent toujours plus de place que les tensions. « Voir ces enfants prendre confiance en eux, faire des progrès, se socialiser, réussir à l’école, c’est une fierté immense, confirme Sabine Mancel. Ce sont souvent de toutes petites choses, mais qui disent tellement. Une table de multiplication retenue, cela peut être une grande victoire. Se rendre chaque semaine à la bibliothèque et constater qu’ils commencent à apprécier la lecture, c’est une fierté. Quant aux “anciens” qui reviennent passer quelques heures à la maison pour le plaisir, pour évoquer leurs souvenirs avec un grand sourire sur le visage, c’est de la joie pure. On prend la mesure ce qu’on leur apporte et cela remue, évidemment. » 

Parfois, ces récompenses prennent la forme de murmures tout aussi bouleversants : « Je me souviendrai toute ma vie de ce 5 décembre 2021, raconte Danielle Bougeois. Ce jour-là, Marie, 9 ans, était dans le salon et dansait, souriait, en me regardant. Soudain, elle s’est approchée de moi et m’a murmuré quelque chose à l’oreille. C’était inaudible, mais j’avais le cœur qui battait à 100 à l’heure. » Et pour cause : depuis un an, Marie s’était murée dans le silence, refusant de dire le moindre mot à ses éducatrices, aux autres enfants ou à sa mère SOS. Danielle lui a alors dit tranquillement : « As-tu envie de me parler ? J’en serais tellement heureuse, depuis le temps que je n’ai pas entendu ta jolie voix. » Marie s’est alors mise à sourire, est repartie danser quelques instants, avant de revenir chuchoter à son oreille : « Danielle, je t’aime. » « C’était si fort !, se rappelle l’aide familiale avec émotion. J’avais envie d’ouvrir la fenêtre et de crier au monde entier que Marie m’avait parlé ! » Aujourd’hui, elle échange avec sa mère SOS et les autres enfants de la maison. 

Une enfant qui se remet à parler, une autre qui réussit à retenir sa poésie, un jeune adulte qui revient à la maison prendre un café… à Gémozac, Plaisir, Busigny, comme dans les autres villages SOS… Il n’y a que de grandes victoires sur ces destins que portent à bout de bras et à bout de cœur les éducatrices et éducateurs familiaux, épaulés par tout un village.  

 

 

Le regard de Véronique Laloyaux, psychologue au village SOS de Busigny depuis 1992 

 

Les enfants que nous accueillons ont grandi avec des liens familiaux au mieux peu sécurisants, au pire délétères. Les  éducatrices et éducateurs familiaux proposent une suppléance familiale, un lien d’attachement stable, qui vient d’abord servir de pansement sur ces blessures. Ainsi, les enfants peuvent rejouer et corriger des éléments mal vécus de leurs relations à leurs parents. La maison, le village, la vie familiale en fratrie constituent un cadre qui aide à réparer ce rapport à l’autre, sans lequel un enfant ne peut développer sa confiance en lui. Celle-ci est essentielle pour oser expérimenter, et donc grandir. C’est d’abord le lien affectif qui nous définit en tant qu’être  humain, et ce lien a souvent besoin de temps, parfois d’années, pour devenir solide, ce qui n’empêche pas les conflits. Les mères et pères SOS sont souvent bousculés par les comportements des enfants, même lorsque leurs réponses professionnelles sont totalement satisfaisantes. Un enfant qui ne réagit pas ou qui réagit mal à l’attention et à l’affection de son accueillant, ou qui pique des colères, se remet à faire pipi au lit, est agressif avec les autres enfants… c’est difficile à vivre. Soutenir, mettre des mots, relativiser, coconstruire des solutions  fait partie de mon travail de psychologue. Le plus compliqué étant, pour les accueillants, d’accepter de faire deux pas en arrière après en avoir fait trois en avant. Ils ont parfois simplement besoin qu’on les aide à prendre du recul pour voir tous les progrès déjà accomplis avec les enfants. 

 

Stéphanie, une résilience exemplaire

À 30 ans, Stéphanie déborde de projets et d’énergie. Accueillie au village SOS de Marseille à l’âge de 6 ans, elle a pu s’épanouir grâce à l’affection patiente et attentive de Monique, sa mère SOS, qui a su gagner sa confiance et lui montrer qu’elle était pleine de ressources.   

 

 

Lorsque l’on demande à Stéphanie, 30 ans, ce qu’elle fait dans la vie, la réponse de cette jeune femme, anciennement confiée au village SOS de Marseille, force l’admiration : « Je travaille comme assistante dentaire depuis neuf ans, et je viens de terminer un Master en management et gestion d’activités. » Car la jeune femme hyperactive a un tempérament d’entrepreneuse et un beau projet : « En parallèle, explique-t-elle, je me suis formée à la méthode Montessori, une approche éducative basée sur le développement naturel de l’enfant, car je suis en train de monter une microcrèche. Le business plan est achevé, les banques m’accordent des prêts et j’ai déjà trouvé mon local. J’espère ouvrir les portes de l’établissement dans quelques mois ! »  

 

Si l’agenda de Stéphanie est très chargé, elle ne manque pourtant jamais d’appeler chaque soir, quoi qu’il arrive, Monique, son ancienne mère SOS, aujourd’hui retraitée, qui l’a accueillie quand elle avait 6 ans, avec ses deux petits frères. La jeune femme se souvient d’avoir tout d’abord mal vécu son arrivée au village, car il succédait à un début de vie très chaotique : « Nous avons été retirés à notre mère lorsque j’avais 4 ans, raconte-t-elle. Nous vivions avec l’une de mes tantes et ses trois enfants. J’étais la plus grande et, du haut de mes 4 ans, je devais parfois m’occuper seule des plus petits. » Des signalements du voisinage aboutissent à une mesure de protection des enfants, qui sont alors confiés en pouponnière pour les deux garçons, âgés seulement de quelques mois, et en foyer pour Stéphanie. Un premier placement de courte durée, puisque tous trois sont ensuite rapidement confiés à une famille d’accueil. « Nous y sommes restés 18 mois, se souvient Stéphanie. C’est long pour des enfants si jeunes et des liens s’étaient créés. Mais nous avons dû en partir. Et c’est pour cela que notre arrivée au village d’enfants SOS a été difficile, car elle correspondait à une nouvelle rupture. » La fratrie, alors très éprouvée, doit s’adapter à un nouvel environnement, et il faudra toute la patience et l’affection de Monique pour les apaiser : « Nous vivions à la campagne, dans un cocon et, d’un coup, nous débarquions en ville, dans une maison qui comptait une autre fratrie, dans une grande structure pleine d’enfants et avec une inconnue qui voulait de nous… Mais nous, nous ne voulions pas d’elle ! » 

 

LA PATIENCE D’UNE MÈRE SOS 

 

Si elle n’a jamais fait preuve de rébellion ou de colère, Stéphanie a toutefois longtemps été une enfant renfermée et distante avec son éducatrice familiale. Tiraillée entre son désir de stabilité et d’épanouissement, et son sentiment de trahir sa mère d’origine, Stéphanie a longtemps eu du mal à nouer d’autres liens positifs et à accorder sa confiance. Son entrée en classe de sixième a marqué un tournant : « J’ai cessé d’être dans la posture d’une grande sœur surprotectrice avec ses petits frères et j’ai ouvert plus grand mon cœur à Monique. »  Bien plus tard, elle a demandé à son éducatrice familiale si cette dernière lui en avait voulu de ces années un peu difficiles. « Elle m’a assuré que non, qu’elle m’avait toujours comprise et savait à quel point j’étais tiraillée. Elle a eu tellement de patience ! Je l’admire, c’est mon socle, mon guide. Elle m’a appris ce qu’est l’amour filial. Elle est devenue mon autre mère, celle qui compte. »  

 

UNE NOUVELLE « NOUVELLE VIE » 

 

Côté scolarité, malgré une lourde dyslexie, Stéphanie se débrouille plutôt bien : « J’étais d’un tempérament rêveur, dit-elle. L’école ne m’intéressait pas beaucoup, mais je me suis débrouillée pour avoir la moyenne partout. » Bac en poche, elle quitte le sud de la France pour entrer en école d’infirmières à Lille. Sa première année se passe bien, mais Stéphanie ne peut pourtant pas poursuivre ses études. Elle retourne alors à Marseille et, pour ne pas se retrouver à la rue, débute une formation en alternance d’assistante dentaire pour subvenir à ses besoins, en attendant de pouvoir faire le métier dont elle a réellement envie. Ce qui sera bientôt le cas, avec l’ouverture de sa crèche et grâce aux études qu’elle a pu reprendre avec le soutien de SOS Villages d’Enfants : « J’ai toujours gardé des liens avec l’équipe du village de Marseille et lorsque j’ai demandé si l’association pouvait m’aider à entamer un master, la réponse fut instantanément positive. SOS Villages d’Enfants me l’a financé à 100 %. C’est fou ! Ça a été une aide déterminante pour me permettre d’amorcer ce tournant dans ma vie. » 

De ses « années SOS », la jeune femme garde des souvenirs heureux : les soirées d’été passées dehors jusqu’à la nuit tombée, la piscine gonflable installée dans le jardin et qui accueillait pendant des heures les jeux entre gamins, les fêtes du village, les anniversaires, les vacances avec Monique… « Même si je ne l’ai pas perçu tout de suite, c’est un cadre de vie propice au bonheur. J’ai gardé une nature introvertie et, dans la vie courante, j’évoque peu mon histoire, mais je sais ce que je dois à celles et ceux qui m’ont accueillie. »  

Coup de neuf à Bobo-Dioulasso

Au Burkina Faso, la rénovation du village de Bobo-Dioulasso, débutée fin 2021, a permis d’intégrer de nouveaux dispositifs de prise en charge. 

 

 

C‘est une rénovation importante que vient de connaître le village d’enfants de Bobo-Dioulasso, l’un des deux que compte SOS Villages d’Enfants Burkina Faso. Ce pays de l’Afrique de l’Ouest est l’un des plus pauvres du monde : plus de 40 % de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté.  

 

Les frais de fonctionnement des deux villages sont assurés à 100 % par l’association française. Celle-ci a donc entièrement financé les 600 000 € de travaux indispensables à la sécurité des enfants et des équipes de Bobo-Dioulasso. Parmi ces rénovations, la réfection des toitures et plafonds des 12 maisons familiales du village s’est avérée particulièrement nécessaire : les tôles d’aluminium des toits laissaient passer d’importantes infiltrations qui ont dégradé les murs, et certaines prises électriques n’étaient plus utilisables. Le réseau électrique a également été modifié. Jusqu’alors, l’alimentation des appareils électriques reposait sur un transformateur de la commune. Peu fiable, celui-ci a souvent détruit certains équipements, comme les ordinateurs et les imprimantes, sensibles aux fluctuations de tension. Désormais, le village d’enfants SOS dispose de son propre générateur solaire, qui assure l’alimentation des appareils électriques de l’administration. La protection contre la foudre a été renforcée et le terrain de sport – également utilisé par les enfants des communautés alentour – a été remis à neuf.  

 

« Dans le cadre du suivi de la maîtrise d’œuvre, précise Avril Vignon, responsable de programmes internationaux à Paris, l’association burkinabè a été épaulée par le bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest, qui dispose d’une équipe habituée à suivre ce type de projet. » 

Les équipes locales ont dû composer avec l’indisponibilité de certaines matières premières, puis avec la hausse des prix due à la crise sanitaire et à la guerre en Ukraine. « Mais, grâce à quelques ajustements, le budget initial a été respecté. »  

 

Ces travaux ont aussi permis d’intégrer de nouveaux dispositifs de prise en charge. « Une nouvelle maison d’accueil familiale a été installée non pas au cœur de l’enceinte du village d’enfants, explique Avril Vignon, mais au milieu des autres habitations de la communauté, une nouveauté au Burkina Faso ! » Autre nouveauté : la construction d’une maison d’accueil d’urgence  destinée à recevoir des enfants en besoin d’hébergement immédiat. Enfin, à la demande des familles, des systèmes de petites cultures hors-sol ont été installés afin d’offrir plus d’espaces verts dans le village SOS, et sensibiliser les enfants à l’environnement et à leur alimentation : « Fin mars, se réjouit la responsable de programmes, les enfants récoltaient déjà leurs premières fraises ! »  

Peut-on imaginer un Noël loin de ses frères et sœurs ?

Je découvre l’histoire de Romain et Lola