Au plus près des enfants du monde - SOS Villages d'Enfants

Au plus près des enfants du monde

 

À l’international, les villages d’enfants SOS répondent selon les mêmes principes aux besoins des frères et sœurs sans protection parentale, en leur offrant l’affection d’une mère SOS et un quotidien en maison familiale, dans un village doté d’une équipe de professionnels mobilisés pour défendre leurs droits. Mais le contexte de ces actions, souvent marqué par une pauvreté endémique et une situation politique instable, est très différent. SOS Villages d’Enfants France aide donc aussi ses associations sœurs à diffuser ces droits, et à prévenir les maltraitances en soutenant les familles.

 

J’avance pour pouvoir aider les autres, voilà mon slogan personnel », lance en souriant Natacha Razanadrasina, 30 ans. Et du chemin, Natacha en a parcouru ! La jeune femme qui vit à Fort-Dauphin, dans le sud-est de l’île de Madagascar, est une ancienne du village d’enfants SOS de Toamasina. Elle y a été accueillie à l’âge de 11 ans avec son petit frère de 7 ans, après le décès de leur maman. « Notre père, agriculteur, ne pouvait pas subvenir aux besoins de ses 5 enfants. Partir représentait à la fois un moment de larmes et d’espoir. Car je m’en rendais déjà compte : là-bas il y avait tout pour bien grandir, bien étudier et ne plus jamais vivre dans la misère. »

 

Titulaire d’un Master de recherche en bio-technologies qu’elle a décroché au Pérou, Natacha est aujourd’hui responsable technique et cheffe de section du Centre de formation et d’innovation en agroécologie, pêche et aquaculture durable (CEFIAPAD), une école créée et administrée par SOS Villages d’Enfants. « Nous aidons la population à mieux subvenir à ses besoins, explique-t-elle. Ce soutien est parfois très simple : conseiller de cultiver le manioc plutôt que l’arachide qui exige plus d’eau, apprendre à faire cohabiter différentes semences pour avoir des récoltes en toutes saisons, former des pêcheurs aux techniques de fumage et de séchage pour limiter leurs invendus… Pour ces gens, c’est souvent une question de survie. »

 

LES DROITS DES ENFANTS POUR FIL ROUGE

 

Partout dans le monde, les villages SOS ont la défense des droits fondamentaux des enfants (être nourri, éduqué, soigné…) pour fil rouge commun. « Mais dans les pays les moins favorisés, ils sont corrélés aux conditions de vie des familles, explique Jean-François Lepetit, directeur de l’association malgache. Quand 82 % de la population vit avec moins de 2,15 dollars par jour, on ne peut pas agir sur les uns sans s’intéresser aux autres.»

 

À plus de 13 000 km de là, Faimy Carmelle Loiseau, directrice de SOS Villages d’Enfants Haïti, fait un constat similaire. Ici, les catastrophes naturelles (ouragans, inondations et tremblements de terre) menacent plus de 95 % des habitants. « Haïti est un pays constamment en état d’urgence, explique la directrice. La très grande pauvreté est partout et, même si les parents aiment leurs enfants, ce sont aussi pour eux des “bouches à nourrir”. L’extrême misère peut donc conduire à du délaissement. » Certains parents confient même des enfants à d’autres familles. Les petits deviennent alors des « restavek », autrement dit des enfants confiés de façon non-officielle, ce qui augmente le risque d’abus et d’exploitation de ces enfants. Un phénomène que connaît aussi le Bénin, bien que la pratique « ait diminué de manière significative ces dernières années », se réjouit Salimane Issifou, le directeur de SOS Villages d’Enfants Bénin. Reste que dans ce pays de plus de 11,5 millions d’habitants, 49 % vivent en-dessous du seuil de pauvreté, constate l’Agence Française de Développement (AFD). Cette dernière est le principal partenaire institutionnel de SOS Villages d’Enfants France dans l’aide que l’association apporte aux structures SOS basées à l’étranger. La solidarité financière et technique entre les associations SOS Villages d’Enfants et la générosité des donateurs sont donc vitales. Elles permettent non seulement le meilleur accueil possible pour les enfants des villages SOS, mais aussi d’épauler les communautés dans lesquelles ces enfants vivront, demain, leur vie d’adulte. Ainsi, les villages SOS deviennent de formidables moteurs de développement local et durable.

 

 

AIMER, ÉDUQUER, SOIGNER

 

Bien que les contextes d’intervention sur les plans sanitaires, socio-économiques, politiques et environnementaux soient différents, les villages SOS fonctionnent sur un schéma similaire à ceux de France. Les enfants vivent dans des maisons familiales auprès d’une mère SOS épaulée par une « tante », l’équivalent des aides familiales. Sherline Louis-Charles, 43 ans, est mère SOS au village SOS de Cap-Haïtien depuis 6 ans. « C’était mon rêve de travailler ici, explique-t-elle. J’ai commencé comme ”Tante ” et je me souviendrai toute ma vie de l’accueil que j’ai reçu de la part des 9 enfants qui vivaient alors dans la maison que j’ai rejointe. Ils m’ont immédiatement accordé leur confiance, m’ont tout raconté de leur vie… C’est eux qui m’ont adoptée.» Un an après son arrivée, Sherline poursuit sa mission : « J’ai besoin de travailler bien sûr, mais ces enfants ont besoin d’amour et d’attention.» Les villages disposent d’un espace commun qui accueille les bureaux, des salles d’activités et de rencontre avec les parents. Quant aux équipes, comme en France elles comptent également des professionnels spécialisés : éducateurs, assistants sociaux, psychologues, bien que ces métiers soient très compliqués à trouver sur place… De plus, il n’est pas rare que ces villages SOS de l’étranger créent et gèrent en plus des centres de santé et de protection materno-infantile. « Nos 12 dispensaires avaient été conçus pour répondre gratuitement aux besoins des mamans enceintes et allaitantes et des enfants de moins de cinq ans, explique Jean-François Lepetit à Madagascar. Mais les besoins sont tels que nous avons dû les ouvrir à prix coutants à toutes les personnes vulnérables. ». Il est encore plus fréquent que les associations possèdent des jardins d’enfants, des écoles primaires voire des centres de formation professionnelle à l’instar du CEFIAPAD de Natacha. Les écoles sont bien sûr toujours ouvertes aux enfants des communautés locales, ce qui ancre le village dans la communauté et permet de créer des ponts entre la structure d’accueil et le reste de la population. « Nous scolarisons 2 000 petits Malgaches, illustre Jean-François Lepetit. Sans nos écoles, beaucoup d’enfants feraient des travaux dangereux et nuisibles à leur développement. Nous n’apportons pas seulement de l’instruction, nous veillons sur la santé des enfants et leur offrons un vrai repas, le seul de la journée parfois. C’est d’ailleurs souvent la première raison pour laquelle les parents acceptent de les scolariser.»

 

De son côté, SOS villages d’enfants Bénin gère « la seule école du pays à dispenser des enseignements techniques reconnus par l’État en arts plastiques et en musique, explique avec fierté Salimane Issifou. D’ailleurs, les gendarmes, les policiers et les militaires de la fanfare doivent impérativement passer par l’ESMA.». A Cap-Haïtien, le village SOS dispose d’un centre de formation aux métiers de la mécanique, couture, plomberie, électromécanique… Plus de 800 jeunes le fréquentent dont une centaine de filles, ce qui est important dans un pays au sein duquel la discrimination de genre est très répandue. Les écoles destinées aux plus petits scolarisent 4 000 enfants. « Éduquer les enfants est une manière directe de participer à la construction du pays, ajoute Faimy Carmelle Loiseau. Mais c’est aussi indispensable pour libérer les parents qui peuvent alors rejoindre nos Programmes de Renforcement des familles.»

 

RENDRE LES FAMILLES PLUS FORTES

 

Ces Programmes de renforcement des familles (PRF) constituent le quatrième et le plus large cercle d’intervention des associations SOS. Concrètement, il s’agit d’actions menées en direction des enfants, des parents et des communautés afin de prévenir la dégradation de conditions de vie déjà précaires. L’objectif visé par SOS Villages d’enfants est de faire en sorte que les familles demeurent unies. Le PRF vient renforcer et stabiliser les familles dans un processus d’autonomie sociale et économique afin que la prise en charge des enfants au sein de leurs familles soit pérenne. Sensibilisation aux droits de l’enfant, formations professionnelles, aide au démarrage d’activité commerciale, crédits… les formes que prennent ces accompagnements sont diverses et s’adaptent aux besoins locaux. «Nous formons par exemple des mères isolées à fabriquer des détergents, des savons, des produits ménagers…, illustre Faimy Carmelle Loiseau. La revente de ces biens, qui ne se périment pas, leur permet de générer assez rapidement des revenus.» SOS Villages d’Enfants Haïti soutient aussi la création d’associations communautaires de microcrédit. Les équipes des villages SOS apprennent ainsi aux personnes exclues des systèmes bancaires à se prêter de l’argent entre elles, ce qui évite à nombre d’entre elles de basculer dans une exclusion totale. Mais le projet dont la directrice est la plus fière est celui mené en direction des pères. «Dans notre culture, l’éducation n’est qu’une affaire de femmes. Par des groupes de parole, nous faisons comprendre aux pères combien ils apportent sur les plans psychologique et émotionnel à leurs enfants. Nous leur rappelons que leur responsabilité n’est pas seulement de fournir de l’argent ou de la nourriture. » Cette initiative est soutenue par le programme DEPARE – destiné à promouvoir les Droits de l’Enfant via une Parentalité Responsable – lancé par l’équipe des programmes internationaux de SOS Villages d’Enfants France, avec le soutien de l’Agence Française de Développement (AFD). L’association a ainsi développé des Programmes de renforcement des familles dans tous ses pays d’intervention. A Madagascar le programme MITYMA – «Miayotse Tymarefo », qui signifie « Émergence des personnes vulnérables » en malgache – a été lancé il y a un an. Également cofinancé par l’AFD, iI vise à soutenir les communautés rurales du sud du pays face au «Kéré», terrible famine causée par la sécheresse endémique, en les aidant à accéder à des services de base (eau, santé, éducation), à mettre en place des mécanismes de protection communautaires des femmes et des enfant, à cultiver des semences adaptées aux conditions climatiques, à développer l’activité piscicole, à construire des pirogues plus résistantes à la haute mer, etc…

 

ÊTRE UN ACTEUR ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE

 

Les villages SOS monde sont tout d’abord directement pourvoyeurs de salaires locaux, puisqu’ils emploient des corps de métiers très divers : mères SOS, gardiens, cuisiniers, enseignants, infirmiers… Et en achetant du matériel pour les maisons, les écoles, de quoi préparer les repas, ils font vivre des familles. « Nous sommes identifiés comme un acteur de l’activité économique locale, confirme Faimy Carmelle Loiseau. En Haïti la production locale est très limitée et le matériel que l’on utilise a souvent été importé. Mais nous l’achetons à des revendeurs locaux, ce qui contribue à soutenir l’économie du pays. Par ailleurs, quoi que l’on mette en place, nous veillons à ce que cela ne soit pas déjà entrepris par quelqu’un d’autre. On ne vient donc jamais en concurrence. »

 

À Madagascar, l’association est à l’initiative d’actions qui combinent emploi et développement local. Ainsi, l’an dernier, des citoyens ont été rémunérés pour réparer et entretenir 27 km de pistes de la région d’Androy, à Ambovombe. « Avant, presque aucun véhicule ne venait ici, explique Saburi, une habitante qui a participé à la rénovation. Aujourd’hui, les chars à bœufs ne s’abîment plus à cause des trous dans la chaussée et cela facilite le transport de l’eau par charrette. Moi, avec l’argent de mon travail, j’ai acheté de la nourriture, des médicaments, du bois, de l’eau… »

 

Si leurs actions sur le plan économique contribuent à éviter des drames pour les enfants des pays africains ou caribéens, les associations SOS œuvrent également pour améliorer la perception des droits de l’enfant dans les cultures locales. En la matière SOS Villages d’Enfants Bénin est exemplaire. L’association a notamment participé à la création du « Code de l’enfant » du pays, et des normes applicables aux établissements de prise en charge et de protection des enfants. «Nous occupons le poste de premier Rapporteur de l’autorité centrale en matière d’adoption au Bénin ; il s’agit de la plus grande agence de l’État Béninois en charge de la prise en charge de remplacement. », explique Salimane Issifou. Lui-même est d’ailleurs président du Réseau des Structures de Protection des Enfants en Situation Difficile (ReSPESD), dont le siège se trouve au sein du village SOS d’Abomey-Calavi, et regroupe plus de 100 organisations de protection des enfants.

 

Au Bénin comme ailleurs, ces actions de plaidoyer reposent beaucoup sur la sensibilisation des notables des communautés. « Nous organisons régulièrement des causeries avec eux, mais au quotidien, ce sont eux qui doivent rappeler l’importance de respecter les droits des enfants, et identifier les familles à aider, commente Faimy Carmelle Loiseau. Ce n’est pas facile, car c’est encore un sujet tabou à Haïti. Il y a tant de misère, de souffrances que l’enfant est presque toujours un être sans droits, réduit au silence et éduqué à coups de fouet. » Ce travail en partenariat avec les notables locaux est mené de la même manière au Bénin, au Togo, en Côte d’Ivoire comme à Madagascar. Dans ce dernier pays, les lois de protection des enfants sont nombreuses mais « n’infusent pas encore partout » d’après Jean-François Lepetit : « Souvent les gens sont dépassés tant les problématiques sont grandes, explique le directeur. Quand chacun cherche de quoi manger, penser communautaire, solidaire ou droits des enfants ne va pas de soi. Mais nous redoublons d’efforts, car l’avenir de Madagascar en dépend. »

 

L’AVENIR À HAUTEUR D’ENFANT

 

De cela, Agnès Dogo a bien conscience. Cette jeune béninoise de 17 ans, actuellement en terminale scientifique, vit au village SOS d’Abomey-Calavi. « Les enfants et les jeunes doivent être protégés, car c’est leur droit. Leurs capacités devraient être renforcées, car ils sont le présent et l’avenir de l’humanité », plaidait-elle en mars 2019 à Bruxelles, lors d’une table ronde de la Commission européenne. Agnès maîtrise son sujet. Elle avait déjà plaidé la cause des enfants un an plus tôt à Genève devant le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, et avait alerté sur les grossesses précoces, les mariages forcés, les défauts d’acte de naissance et les châtiments corporels. « L’enfant terrorisé n’apprend rien, ne retient rien, ne devient rien », constate la jeune fille qui fut longtemps la responsable du Conseil Exécutif National des Enfants de SOS Villages d’Enfants Bénin. « Ce conseil représente tous les enfants pris en charge par notre association, explique Salimane Issifou. Ses membres seront d’ailleurs bientôt consultés par le gouvernement lors de la révision
du Code de l’enfant». L’association béninoise est très en pointe sur les questions de participation des enfants, et Agnès en est l’illustration. D’ailleurs, depuis ses interventions internationales, la jeune fille est devenue la présidente du conseil communal des enfants d’Abomey-Calavi où elle continue à porter la voix des enfants, cette fois à l’échelon municipal.

 

À Madagascar, Natacha, elle aussi, sait ce qu’elle apporte à sa communauté. « Je suis perçue comme un exemple à suivre par les familles. Certains enfants me disent même que je suis leur ”idole” et ils viennent me demander des conseils pour réussir leur vie », s’amuse la jeune femme. « J’ai moi-même du mal à croire que j’ai atteint cette situation sociale et professionnelle ! Cela me remue encore le cœur et je veux être à la hauteur de ce que j’ai reçu de SOS Villages d’Enfants.» Ces trois jeunes femmes incarnent tout ce pour quoi SOS Villages d’Enfants existe : offrir un bel avenir aux enfants, éviter les maltraitances et armer les communautés pour mieux défendre les droits des enfants.