Un collectif au service de tous - SOS Villages d'Enfants

Un collectif au service de tous

Il faut tout un village pour élever un enfant.

 

Ce célèbre proverbe africain n’est sans doute nulle part mieux illustré qu’au sein des villages d’enfants SOS. Mères ou pères SOS, aides familiales(aux), éducateurs/éducatrices spécialisé(e)s, animateurs/animatrices, psychologues, … ces professionnels ont des compétences d’excellence qui prennent toute leur envergure lorsqu’elles sont articulées entre elles au service de l’enfant.

 

Ce mardi 10 novembre, lors de la réunion hebdomadaire de l’équipe du village d’enfants SOS de Plaisir, Camille (les prénoms ont été modifiés), mère SOS depuis 1 an, prend la parole. L’éducatrice familiale est épuisée par les comportements violents et la souffrance manifestée par Lucie1, 5 ans.

 

“Depuis plusieurs semaines, la petite fait des crises dès que je m’absente. Lucie hurle, elle crache, retourne le mobilier, insulte les professionnels, griffe, tape…”

La fillette, arrivée il y a un an, s’est rapidement attachée à sa mère SOS. “Toi, Camille, tu me protèges”, lui lance-t-elle régulièrement. L’affection est touchante et montre que Lucie se sent en sécurité avec son éducatrice familiale mais ce lien ne doit pas l’empêcher de vivre sereinement avec les autres adultes.

 

Ses collègues, éducateurs/éducatrices spécialisé(e)s, psychologue, cheffe de service éducatif… invitent Camille et l’aide familiale (qui la relaie dans la maison au bout de 21 jours) à harmoniser les petits rituels qui règlent le quotidien de l’enfant. Ainsi, au coucher, la mère SOS a l’habitude de lire un conte à Lucie, assise au pied du lit. Et avant de quitter la chambre, elle n’oublie jamais de la border avec une couverture “doudou” qui lui a été offerte le jour de son arrivée au village. “Un enfant de cet âge a besoin de repères identiques quel que soit l’adulte qui s’occupe de lui”, rappelle Aude Lavergne, la cheffe de service éducatif. Celle-ci a expliqué à Lucie qu’elle n’avait pas à s’inquiéter, qu’elle resterait au village d’enfants SOS où tout le monde la protège. Les craintes de l’enfant se sont un peu apaisées.

 

Julie Scouppe, psychologue du village d’enfants SOS de Plaisir, rassure Camille : “Ta posture ‘cadre’ Lucie et elle est bienveillante. Sois-en certaine, cela l’apaise. Mais elle n’est chez nous que depuis 10 mois, il lui faudra un peu de temps pour trouver tous ses repères. Pour t’aider lors du passage de relais avec ton binôme Aide Familiale, n’hésite pas à lui montrer le jour où tu reviens sur un calendrier”. Les deux professionnelles conviennent d’un rendez-vous pour affiner l’aide à apporter à Lucie. “Quant à moi, lance Mélanie Scola, éducatrice spécialisée, je vais passer un peu de temps avec elle. J’imagine, par exemple, lui faire réaliser ce calendrier avec des pictogrammes et des gommettes. Cela va l’aider à s’approprier notre fonctionnement”.

 

Des échanges comme ceux-ci, il y en a des dizaines chaque semaine dans tous les villages d’enfants SOS de France. Certains sont informels, d’autres plus organisés : réunions hebdomadaires (qui regroupent l’ensemble des professionnels pour faire le point sur chaque maison ‘quartier’ par ‘quartier’ car le village d’enfants SOS de Plaisir avec 65 enfants accueillis, comprend 50 professionnels.), réunions de fonctionnement, points bimensuels par maison entre les accueillantes et les éducateurs/éducatrices spécialisé(e)s, réunions spécifiques sur les fratries… “Vu de l’extérieur, cela peut sembler beaucoup, reconnaît Mélanie Scola. Mais ce sont des moments essentiels pour apporter nos expertises propres sur chaque situation car le regard de la psychologue n’est pas celui de l’animatrice. Ce sont aussi des temps de soutien aux éducatrices qui font un travail très difficile”.

 

mère sos Mères/pères SOS, aides familiales(aux), éducateurs/éducatrices scolaires, animateurs/animatrices qui organisent des activités sportives, d’éveil musical, artistique, des jeux de société… dans les temps périscolaires, techniciennes d’intervention sociale et familiale, aide-ménagères, jardiniers, chauffeurs, hommes d’entretien, comptables, chef/cheffe de service éducatif, responsable des programmes éducatifs, directeurs/directrices… la liste de celles et ceux qui interviennent au sein des villages est impressionnante. Leur objectif est évidemment commun : donner un cadre sécurisant, rassurant et favorable à l’épanouissement des enfants. On pourrait faire une analogie avec un orchestre symphonique. Ici aussi, chacun joue d’un instrument, il a sa propre partition mais celle-ci ne sera harmonieuse et mélodieuse que si elle s’accorde avec celle des autres interprètes. Les chefs de service jouent le rôle de chef d’orchestre. “À nous, en effet, de veiller à ce que chacun s’exprime, d’organiser les tâches et de tenir compte des affinités de chacun, confirme Aude Lavergne. Ainsi, à Plaisir, lorsqu’un enfant veut partager des confessions ‘sensibles’, il arrive que je sois la première interlocutrice de l’enfant. De par ma fonction et ma posture il sait que des suites seront données et qu’il sera protégé. Dans un autre village d’enfants SOS, ce seront peut-être les psychologues. Lorsqu’un enfant a besoin de se défouler, il est souvent orienté vers Aurélien Debrie, moniteur-éducateur amateur de sport…”

 

Ce dernier, arrivé il y a 5 ans, travaille surtout avec les adolescents et les jeunes adultes. Il les aide à gagner en autonomie, à gérer un budget, à définir leur projet scolaire et professionnel, à trouver des stages… “Pour les mères SOS cela prend énormément de temps, précise-t-il, or elles sont souvent accaparées par les plus petits. La grande force de notre équipe, c’est que la compétence professionnelle de chacun n’est pas une tranche de millefeuille qui viendrait se superposer à une autre. C’est toujours un travail et fruit d’une réflexion partagée au service du projet personnel de l’enfant”.

 

VIS MA VIE

 

Pour que ces échanges soient réellement efficaces, plusieurs exigences s’imposent. D’abord, que chacun accepte qu’un autre professionnel observe et critique son travail. Cela suppose ensuite d’accepter de remettre en cause ses pratiques et ses habitudes car ce qui a fonctionné avec un enfant ne fonctionnera pas pour l’autre. Enfin, il faut que chacun ait une bonne connaissance du travail de ses collègues. Pour cela, Aude Lavergne s’appuie beaucoup sur le tutorat et la formation. C’est d’ailleurs dans le cadre d’une formation qu’en janvier 2020, à l’initiative d’Aurélie Roty, directrice du village d’enfants SOS, qu’elle a organisé une sorte de “Vis ma vie”, l’émission télévisée de TF1, pour son équipe. “Chacun avait partagé pendant une demi-journée le quotidien d’un de ses collègues, se souvient-elle. À l’issue d’un tirage au sort, un animateur pouvait donc se retrouver à épauler la psychologue ou une aide-ménagère… et inversement ! Pour ma part, j’ai eu à m’occuper de deux petits âgés de trois ans. On imagine tous ce qu’est le quotidien d’une éducatrice familiale mais le vivre est bien différent”.

 

Enfant et mère SOSUn constat que ne remettra pas en cause Aurélien Debrie qui, pendant le premier confinement, a été amené à remplacer pendant quelques jours une mère SOS. “J’ai pris la mesure de leur engagement, J’ai touché du doigt la patience dont elles font preuve au quotidien, leur capacité d’écoute… et la fatigue que tout cela génère”.

 

Le métier de mère SOS s’est par ailleurs beaucoup professionnalisé ces dernières années. Les intéressées sont donc tout à fait compétentes pour échanger avec leurs collègues sur des questions de droits, de psychologie, d’approche éducative innovantes… “Il n’y a plus de ‘paroles d’experts’ qui, autrefois, pouvaient leur échapper”, confirme Aude Lavergne. Une professionnalisation qui enrichit le travail d’équipe. “En tant qu’éducateurs spécialisés, illustre Mélanie Scola, nous avons à rédiger les bilans d’évolution des enfants à destination des responsables de l’Aide Sociale à l’Enfance. Or, nous faisons toujours ce travail avec les éducatrices familiales”.

 

Toutefois, aussi importants soient-ils, ces échanges entre professionnels ont une frontière : celle du droit à l’intimité des enfants. “Tout n’a pas à être connu de tous , confirme Aude Lavergne. Par exemple, si un enfant doit aller témoigner à la brigade des mineurs, ce n’est pas l’aider que de faire circuler l’information”. Un devoir de discrétion qui vaut d’ailleurs pour des événements plus anecdotiques. Le chagrin d’amour d’une adolescente, par exemple, ou une jalousie entre frères n’ont pas à être communiqués par la mère SOS à ses collègues.

 

 

DES LIENS ET DES LIEUX

Les enfants victimes de négligences ou de maltraitances ont souvent perdu confiance dans l’adulte. Au sein d’un village, les échanges démultipliés avec différents adultes sont autant d’opportunités pour lui de regagner en confiance. On sait à quel point les liens d’attachement sont nécessaires à un bon épanouissement des enfants et, bien sûr, les mères SOS sont en première ligne pour la construction de ceux-ci. Mais il arrive que les enfants aient des affinités avec d’autres intervenants. À Plaisir, Anna1, 7 ans, vient régulièrement ‘papoter’ avec la secrétaire de la maison commune, surtout lorsqu’elle a un petit coup de cafard. “Elle l’adore, confirme Aude Lavergne. ‘Plus tard, je serai secrétaire’, nous dit-elle souvent. C’est super ! Chez SOS Villages d’Enfants, nous n’avons pas peur de l’attachement, contrairement à que l’on voit ailleurs.”

Aurélien Debrie souligne que chaque lien d’attachement est une rencontre qui “ne s’explique pas souvent et ne se décrète jamais. Beaucoup d’enfants accueillis ont du mal à verbaliser leurs émotions. En leur offrant de nombreux points d’accrochage affectif, nous décuplons les chances de les aider à communiquer leurs peines mais aussi leurs joies, leurs fiertés…”

 

Évidemment, une aide-ménagère ou une secrétaire ou un chauffeur ou un homme d’entretien ne sont pas formés à recevoir toutes les confidences, d’autant que certaines sont parfois lourdes. “Un enfant peut, par exemple, révéler à un animateur scolaire une violence subie qu’il avait cachée jusqu’alors confirme la cheffe de service. C’est une chance que leur lien ait amené cette information importante qui nous aidera à prendre en charge l’enfant. Mais dès lors, c’est à la psychologue de prendre le relais et celle-ci s’intéressera d’ailleurs aussi à la manière dont l’animateur a vécu cet événement qui aura peut-être été pour lui un choc émotionnel”.

 

La configuration des lieux soutient cette proximité affective. Même dans les villages dans lesquels les maisons sont dispersées dans le quartier, comme c’est le cas à Plaisir où les maisons ne sont pas toutes voisines, elles restent assez proches les unes des autres pour que les enfants puissent passer facilement d’un logement à l’autre quand ils veulent voir leurs copains. “Et puis, ajoute Aude Lavergne, il y a la maison commune, en quelque sorte la ‘mairie du village’. C’est un lieu de vie très fréquenté où les professionnels qui remplissent des tâches administratives, croisent des enfants venus y faire des dessins, des ados y faire des photocopies et des mères SOS qui échangent autour d’un café. La maison commune participe beaucoup au décloisonnement, ce qui est le gage d’un bon travail collaboratif”.

 

Les enfants accueillis dans les villages d’enfants SOS ont-ils conscience du nombre de professionnels qui sont à leur écoute et à leur disposition ? En fait, tout dépend de leur âge.

Les plus petits n’en ont souvent pas conscience et c’est tant mieux selon la cheffe de service qui espère qu’ils sont surtout préoccupés par le leur vie d’enfant, l’école, les copains… “Mieux vaut qu’ils ne perçoivent pas le cadre ‘hors normes’ dans lequel ils grandissent. En tout cas, nous faisons attention à ce que celui-ci ne soit ni stigmatisant, ni pesant”.

 

Les plus grands vont, eux, découvrir progressivement la richesse de l’accompagnement dont ils bénéficient : Programme d’Epanouissement Par le Sport, soutien scolaire avec le programme Pygmalion, les espaces de participation ENJC et EVCJ… “Mais, ajoute Aurélien Debrie, c’est surtout lorsqu’ils quittent les lieux qu’ils réalisent à quel point chaque membre de l’équipe les soutenait”. Les professionnels des villages d’enfants SOS veillent donc aussi à ce que le soutien s’estompe peu à peu afin de donner aux jeunes toutes les armes pour vivre leur vie d’adulte, autonome cette fois.

“Mais nous resterons toujours là pour eux, conclut Aude Lavergne. Ils sont d’ailleurs très nombreux à revenir nous voir après leur départ. Nous sommes un village, une équipe, mais pour beaucoup, nous sommes aussi une seconde famille”.

 

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