L’autonomie des jeunes majeurs, un défi… majeur - SOS Villages d'Enfants

L’autonomie des jeunes majeurs, un défi… majeur

S’il est difficile pour n’importe quel jeune de trouver sa place dans la société, c’est un défi à relever plus compliqué encore pour celles et ceux qui ont connu un parcours en protection de l’enfance.

À leurs 18 ans, 19 ans ou 21 ans, ils sont contraints de quitter leur lieu de vie et de sortir des dispositifs d’Aide Sociale à l’Enfance dont ils bénéficiaient jusqu’alors. Ils ont beaucoup moins de temps que les autres jeunes adultes pour acquérir leur autonomie : trouver un logement et savoir l’entretenir, avoir des ressources, tenir son budget, poursuivre (malgré tout) leurs études ou trouver un emploi… SOS Villages d’Enfants fait donc de l’autonomie des jeunes, un défi… majeur. Il met donc tout en œuvre pour les accompagner dans ces étapes cruciales de leur vie et leur assure de rester pour eux un port d’attache.

 

 

Autonomie de jeunes adultes hommes dans une cuisine
Autonomie de jeunes adultes hommes dans une cuisine

« L’autonomie, je reconnais que je n’étais pas ‘pour’… même si je n’avais pas vraiment le choix », raconte Jason, 22 ans, ancien enfant accueilli au village d’enfants SOS de Digne-les-Bains. Dès l’âge de 10 ans, Françoise Magne, sa mère SOS, l’avait pourtant habitué à faire certaines choses seul. « Elle me demandait d’aller chercher le pain à vélo, j’ai appris à ranger et à nettoyer ma chambre, à faire attention à mon hygiène de vie… Plus tard, elle m’a laissé gérer mes propres documents administratifs. J’avais les clefs pour vivre seul, mais j’avais des peurs. Peur de quitter Françoise, d’abord. Et je sais que cela fut compliqué pour elle aussi au niveau des sentiments, car j’ai vécu 17 ans à ses côtés. »

 

Quitter le nid rassurant du village d’enfants SOS est souvent source d’interrogations et parfois de craintes pour de nombreux jeunes. L’association met donc tout en œuvre pour les préparer à ce grand saut dans l’inconnu et éviter que l’accompagnement (dont ils ont parfois bénéficié toute leur vie) cesse du jour au lendemain.

 

 

 

 

« Tandis que certains jeunes sont très autonomes dans leurs démarches et ont un projet précis pour l’avenir, d’autres ne prennent pas toute la mesure de ce qui les attend, car ils sont dans un système encadrant et protecteur, confirme Clarisse Dachy, coordinatrice de la politique de SOS Villages d’Enfants en direction des adolescents et jeunes majeurs. C’est donc à l’ensemble des intervenants de SOS Villages d’Enfants (éducatrices, animateurs, directeurs, psychologues) de préparer les jeunes à l’autonomie et l’enjeu du départ, petit à petit, dès leurs 15 ans. »

 

Jason a, lui, parfaitement réussi son entrée dans l’autonomie. Aujourd’hui en couple, il vit dans son propre appartement et travaille comme ouvrier du Service de Proximité de Digne-les-Bains. « Avec mes collègues, nous intervenons sur des chantiers de soudure, maçonnerie, entretien d’espaces verts, travaux publics à la demande de la population », explique-t-il. Il est aussi toujours en contact avec sa mère SOS et certains des enfants avec lesquels il a grandi.

 

FAIRE PLUS VITE EN MOINS DE TEMPS ET AVEC MOINS DE RESSOURCES

Environ 30 % des enfants accompagnés par SOS Villages d’Enfants se trouvent dans la tranche des 15 ans-25 ans, celle qui est concernée par la politique d’accompagnement des adolescents et des jeunes majeurs mise en place par l’association. « L’an dernier, 62 jeunes majeurs ont quitté les villages, explique Clarisse Dachy. Leur âge moyen est de 19 ans. Un chiffre à comparer à celui des départs du foyer familial qui, en France, est en moyenne de 25 ans. Certains jeunes peuvent bénéficier d’un dispositif de soutien géré par l’Aide Sociale à l’Enfance : aides financières, d’accès au logement… Le jeune qui en bénéficie doit alors s’engager sur des objectifs généralement liés à la nécessité de se former ou de trouver un travail. « Les jeunes sortant des dispositifs de protection de l’enfance doivent acquérir leur indépendance plus vite alors qu’ils ont moins de ressources, moins de réseaux, moins de soutien familial, analyse Clarisse Dachy. C’est tout cela que nous essayons de venir combler. » Un accompagnement qui est à la fois une démarche éthique et une façon de ne pas mettre en péril le travail réalisé par les équipes des villages parfois pendant deux décennies. Celui-ci est d’autant plus important que, pendant longtemps, l’État n’a pas eu une politique très volontariste en direction des jeunes majeurs. Il faut d’ailleurs se réjouir que la loi du 7 février 2022 relative à la protection de l’enfance ait acté l’interdiction des « sorties sèches », autrement dit l’interdiction de laisser des jeunes majeurs sans solution d’hébergement, sans ressource, sans accès à leurs droits, sans accompagnement socio-professionnel…

 

 

LA POLITIQUE JEUNES MAJEURS DE SOS VILLAGES D’ENFANTS

 

Depuis deux ans, SOS Villages d’Enfants a donné un cadre commun à sa politique en la matière pour permettre à chaque jeune majeur de bénéficier des mêmes chances. « Si le jeune souhaite encore bénéficier d’un soutien, complète la coordinatrice, nous continuons à l’accompagner même si l’Aide Sociale à l’Enfance estime qu’il ne peut pas bénéficier d’une prolongation de sa prise en charge. Cette aide peut porter autant sur le logement que sur le financement des études, ou encore passer par du soutien juridique, administratif, financier ou pour l’aider à faire face à des soucis de santé. En 2021, 7 jeunes ont signé un « contrat de poursuite d’accompagnement. »

 

SOS Villages d’Enfants a également mis en place un dispositif baptisé « Le Fil » destiné à tous les « anciens » et qui vise à maintenir les liens avec l’association autant qu’ils le souhaitent.

 

À celles et ceux qui, ayant quitté l’association depuis plus longtemps, connaîtraient un accident de la vie (perte d’emploi, divorce, maladie, difficulté de logement ), SOS Villages d’Enfants propose le dispositif « Pause-toi ». Il s’agit d’apporter le même genre de soutien que celui dont pourrait bénéficier un jeune adulte auprès de sa famille pour reprendre des forces physiques ou morales. « En 2021, 13 jeunes en ont bénéficié, souligne Clarisse Dachy. Enfin, s’ajoutent à ces dispositifs beaucoup d’aides plus ponctuelles lorsque, par exemple, un jeune contacte l’association parce qu’il peine à comprendre ses papiers de mutuelle, parce qu’il a besoin d’un coup de main pour se faire établir un passeport ou un contrat de location immobilière. »

 

 

DÉCOUVRIR LE MONDE DU TRAVAIL

 

Autonomie d'une jeune adulte femme qui cherche du travail
Autonomie d’une jeune adulte femme qui cherche du travail

L’indépendance passe aussi par une bonne intégration socioprofessionnelle. Les aider à toucher du doigt le monde de l’entreprise, c’est la mission d’Émilie Fontaine, responsable des partenariats chez SOS Villages d’Enfants. « Par leur histoire et leur accueil en villages, nos jeunes ont, autour d’eux, peu d’exemples de parcours professionnels diversifiés, explique-t-elle. Nous créons donc des occasions de leur faire découvrir des métiers, des entreprises, des savoir-être différents de ceux de l’école ou de la maison, mais aussi à préparer un CV, une lettre de motivation, un entretien… » SOS Villages d’Enfants est donc partenaire d’associations spécialisées dans l’insertion (La Cravate Solidaire par exemple) et d’entreprises (Marriott, Auchan, Procter& Gamble…). Certaines peuvent leur proposer des stages, d’autres des journées d’immersion en entreprises ou encore du mentorat. « Rencontrer ces entreprises, c’est leur ouvrir le champ des possibles, ajoute Émilie Fontaine. À cause de l’échéance de la fin de leur prise en charge, beaucoup s’interdisent d’envisager des professions pourtant à leur portée ou qui les font rêver. Lorsqu’un grand hôtel les reçoit comme d’éventuels futurs salariés, cela leur envoie un message fort : vous n’êtes pas cantonné aux petits boulots. » Les entreprises sont très demandeuses de ces échanges avec les jeunes de SOS Villages d’Enfants, car, explique la responsable des partenariats, « c’est pour elles un levier d’engagement de leurs collaborateurs. Bien sûr, beaucoup nous soutiennent aussi financièrement (Société Générale, Primonial, Fondation BNP notamment), ce qui est essentiel, mais par ces échanges, elles mettent aussi du sens et une dimension humaine à leur engagement à nos côtés ». Les entreprises contribuent ainsi à préparer les citoyens de demain, également futurs salariés, dont la diversité des parcours les enrichira. « La responsabilité Sociétale des Entreprise ou RSE n’est pas un vain mot pour nos partenaires. « 

 

Autonomie de jeunes adultes qui cherchent du travail
Autonomie de jeunes adultes qui cherchent du travail

Ces rencontres avec le monde professionnel sont aussi organisées à l’échelle mondiale à travers le programme YouthCan! Mis en place par la fédération internationale de SOS Villages d’Enfant, ce dispositif crée des partenariats avec des sociétés privées dont les salariés acceptent de présenter leur parcours aux jeunes et de partager leurs compétences lors de rendez-vous et d’échanges par Internet. Certains vont même jusqu’à jouer le rôle de mentors via la plateforme numérique YouthLinks. En 2020, 6 500 d’entre eux, originaires de 37 pays différents, ont bénéficié de ce soutien  avec au moins l’un des 232 partenaires engagés aux côtés de SOS Villages d’Enfants. C’est 14 % de plus que l’année précédente, preuve de la pertinence de cette approche auprès de ce public, tout particulièrement en période de pandémie.

 

 

 

DES LIEUX POUR APPRENDRE À VIVRE SEUL

Bien sûr, l’apprentissage de l’autonomie commence par les échanges et les conseils prodigués par les Mères SOS, les éducateurs, les psychologues ou encore les équipes de direction de villages. Mais pour prendre toute la mesure de cette indépendance, rien ne vaut l’expérience. Huit villages disposent « d’espaces de transition » autrement dit d’appartements situés dans le village ou à proximité immédiate dans lesquels plusieurs jeunes vivent en colocation. Ils sont suivis et accompagnés dans l’apprentissage de cette vie plus autonome par des aides familiaux rompus à l’exercice.

SOS Villages d’Enfants compte également un établissement entièrement dédié à l’accompagnement des jeunes de 16 à 21 ans : la Maison Claire Morandat (MCM). Situé à Valenciennes, l’établissement, qui fête ses 36 ans cette année, est doté de 59 places, mais chaque année ce sont une centaine de jeunes qui y sont accompagnés de quelques mois à quelques années. La MCM est un sas vers la sortie des dispositifs où ils acquièrent et améliorent leur autonomie sociale, financière, professionnelle, affective, etc. « Nous fondons toutes nos actions sur les envies, les compétences et les droits de ces jeunes, insiste Olivier Dricot, directeur de la MCM. Qu’il s’agisse de leur orientation scolaire, de leur souhait de passer leur permis, de prendre un travail ou de la décoration de leur appartement, nous les conseillons, mais nous respectons leurs choix, même lorsqu’au fond de nous, nous estimons qu’ils ne sont pas les meilleurs. Ils doivent, comme les autres jeunes de leur âge pouvoir essayer, expérimenter, se tromper ou… épater les adultes qui les entourent. » 

À la MCM, les plus jeunes ou les moins autonomes sont logés dans une grande maison divisée en 12 studios où des éducateurs sont présents 24 h/24 et les temps de vie collective sont nombreux. Les plus mâtures intègrent l’un des studios dont dispose l’association dans l’agglomération valenciennoise. Un éducateur référent reste en contact régulier avec eux pour s’assurer que tout se passe bien. « La grande majorité des jeunes accueillis à la MCM n’a pas vécu en villages d’enfants SOS, précise Olivier Dricot. Ils sont aiguillés vers nous parce que, devenus majeurs, ils sont contraints de quitter leur lieu de placement (foyer d’accueil ou famille d’accueil) et que leur hébergement et leur accompagnement n’ont pas été bien anticipés. »

Giorgi, 21 ans, est Georgien et le dit sans détour, il doit « tout » aux éducateurs et éducatrices de la MCM qu’il a rejointe 9 mois après son arrivée en France, à l’âge de 16 ans. « Ils m’ont tout appris, à commencer par le Français que je parlais mal, mais aussi à m’occuper de ma chambre puis du studio en ville qu’ils m’ont confié un peu avant mes 18 ans ». Le jeune homme avait dû quitter son pays et ses parents, car sa vie y devenait impossible, explique-t-il. « Mon père avait été l’un des gardes du corps de notre ancien président de la République et on me mettait des bâtons dans les roues pour mes études et pour continuer à pratiquer le rugby, ma grande passion. » À son arrivée en France, Giorgi fut placé dans un foyer pour mineurs étrangers de Valencienne où, dit-il, ce fut « l’horreur ». « On m’a volé tous mes biens, d’autres résidents m’ont lacéré le visage, on n’avait pas le droit de sortir… » Le jeune homme est aujourd’hui en apprentissage dans le cadre d’un bac professionnel Métiers du commerce et de la vente, mais rêve d’obtenir la nationalité française pour intégrer la gendarmerie. « Sans les éducateurs, j’aurais sans doute abandonné mes études. Je suis d’une nature réservée et ce qui m’a le plus marqué, c’est qu’ils savaient mieux que moi repérer mes faiblesses, mes lacunes. Aujourd’hui, je peux les joindre à n’importe quel moment, pour n’importe quelle raison : ils sont toujours là. J’aurais pu mal tourner, comme tant d’autres jeunes des foyers pour mineurs étrangers. SOS, c’est vraiment ma seconde famille. »

 

Autonomie d'une jeune adulte femme qui vient d'avoir son permis
Autonomie d’une jeune adulte femme qui vient d’avoir son permis

Les éducateurs des villages d’enfants SOS ont une mission d’équilibriste : ils doivent renforcer les compétences d’autonomie et les postures professionnelles de ces jeunes adultes tout en leur laissant le loisir d’expérimenter, de faire des erreurs, de recommencer… dans un temps contraint. Car la sortie des dispositifs à 21 ans reste une terrible épée de Damoclès. Ils sont victimes d’une injonction à l’autonomie sans que leur soient suffisamment donnés le temps et les moyens d’y accéder. Difficile de construire des projets, de s’imaginer un avenir serein lorsqu’à court terme, beaucoup se demandent comment ils vont « échapper à la rue ».

 Voilà pourquoi SOS Villages d’Enfants se bat pour que l’accompagnement par l’État perdure jusqu’à leurs 25 ans. « Les jeunes majeurs qui sortent de l’Aide Sociale à l’Enfance sont victimes de nombreuses discriminations, et tout particulièrement celle du droit aux études, déplore Olivier Dricot. Sans sécurité en matière de logement et de finance, comment s’engageraient-ils dans des études longues ? De plus, les neurosciences nous ont appris ces dernières années que l’adolescence est une période pendant laquelle ressurgissent souvent des psycho-traumatismes vécus dans la petite enfance. Perte de confiance en eux, sentiments d’inaptitude, agressivité… cela peut se traduire de manière différente, mais la prise en charge est toujours longue. Les aider maintenant c’est faire de la prévention pour les adultes et les parents qu’ils seront demain. La société a tout à y gagner. »

 

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