Red Hand Day : pour soutenir le droit des enfants de ne pas faire la guerre

moreliaDimanche 12 février, des enfants du monde entier se peindront les mains en rouge en signe de solidarité contre l’implication des enfants dans les conflits armés (Red Hand Day). L’opération est née en 2002 et compte aujourd’hui plus de 430 000 empreintes de mains. Parmi elles, celles d’enfants des villages SOS du monde entier.

 

 

Défendre le droit des enfants de ne pas faire la guerre

 

Plus de 150 pays ont signé le protocole facultatif à la Convention internationale des droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, entré en vigueur le 12 février 2002 (ce qui justifie la date du Red Hand Day). La Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant demande également aux États de garantir la protection des enfants contre les conflits armés (Article 38).

 

En 2007, deux principes supplémentaires ont été adoptés à Cape Town (Afrique du Sud) et à Paris dans le cadre d’initiatives internationale. En dépit de ces initiatives, 250 000 enfants seraient affectés par les conflits armés et des dizaines de milliers d’enfants seraient directement recrutés dans les conflits armés en tant que combattants, serviteurs ou prostitués. 4 enfants sur 10 recrutés sont des filles.

 

 

Au Soudan du Sud, 17 000 enfants ont été recrutés en 3 ans de conflit

 

Au Soudan du Sud, on entre dans la 4e année de conflit en 2017. En trois ans de conflit, 17 000 enfants ont été recrutés. Philip Winter est chercheur au Rift Valley Institute, organisme de recherche et de justice sociale œuvrant au Soudan, Soudan du Sud et dans les pays voisins d’Afrique centrale et de l’est. Il témoigne sur l’impact du recrutement des enfants dans les conflits armés dans le pays :

 

Quels risques encourent les enfants du Soudan du Sud aujourd’hui ?

 

Les enfants du Soudan du Sud font aujourd’hui face à la conception communautaire de l’enfance dans le pays. Pour la communauté internationale, l’enfance se termine à 18 ans. Au Soudan du Sud, les communautés n’hésitent pas à enrôler les garçons de moins de 18 ans dans les conflits armés quand elles estiment que leurs propriétés ou intérêts sont menacés.

 

Vous constaterez que la plupart des communautés du Soudan du Sud protégeront leurs filles parce qu’elles sont considérées comme précieuses – elles constituent une ressource pour la famille. Elles apportent de la richesse quand elles se marient. Quant aux garçons, ce sont des guerriers dans la conception que les communautés ont : ils sont capables de se battre. Parfois, les familles subissent la pression de soldats pour faire recruter leurs garçons. Les plus jeunes sont utilisés en tant que porteurs, cuisiniers ou encore messagers jusqu’à ce qu’ils soient jugés aptes physiquement à tenir une arme.

 

Recruter des enfants dans des groupes armés traumatise des générations de jeunes. Il faut envisager la démilitarisation des enfants. Et des programmes devraient être développés pour renvoyer ces enfants à l’école. Ces enfants savent qu’ils devraient être à l’école. Il suffit de le leur demander. Récemment, les groupes armés du Soudan du Sud ont subi des pressions pour sortir les enfants de leurs rangs mais tant qu’il y a un sentiment de menace de conflit, cela reste difficile.

 

Comment les enfants impliqués dans les combats armés sont-ils affectés ?

 

Certains enfants de 16-17 ans peuvent survivre l’expérience : ils peuvent la supporter dans la mesure où ils sont plus âgés et peuvent accuser le coup. Mais les plus jeunes peuvent être psychologiquement détruits du fait qu’il leur manque les capacités à dépasser l’horreur de la guerre. Si le recrutement des enfants ne cesse pas, le Soudan du Sud risque de perdre une autre génération qui ne saura vivre que par la violence. Le pays risque de se transformer en une société qui pour répondre au conflit, répondra à nouveau par le conflit, et pour répondre à la violence, répondra par toujours plus de violences.

 

Le pays n’a également certainement pas assez de personnes éduquées et le niveau d’illettrismes pourrait encore augmenter. Le futur ne présage rien de bon pour les enfants si les armes deviennent la réponse à tous les problèmes. Ils sont alors condamnés à reproduire les schémas dans lesquels ils ont grandi et la manière dont ils ont été sociabilisés. Et ce n’est bon pour aucune société…

 

 

Les enfants des villages SOS se mobilisent

 

Des enfants des villages SOS du monde entier ont tenu à participer à l’opération Red Hand Day pour soutenir les milliers d’enfants enrôlés dans les conflits armés et privés de leur vie d’enfant.

 

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Nous leur avons demandé comment ils se sentiraient si, comme les enfants soldats, ils n’avaient plus le droit de jouer :

 

 « Si je ne pouvais plus jouer, je ne serais pas heureux. Tous les enfants devraient avoir le droit de jouer et de rire », Diego, 9 ans (village SOS de Morelia, Mexique)

 

« Si je ne pouvais plus jouer, le monde serait tellement triste. J’aime tellement jouer avec mes frères. C’est mon moment préféré de la journée », Rebeca, 10 ans (village SOS de Morelia, Mexique)

 

« Si je ne pouvais pas jouer, je crois que je serais en colère. J’aime sentir l’adrénaline et l’air quand le ballon passe à côté de mon visage ou quand je marque un but et que je le fête avec mon équipe. Pour moi, ne pas jouer c’est la même chose qu’être triste », Marcos, 12 ans (village SOS de Huehuetoca, Mexique)

 

« Jouer constitue une partie importante de l’enfance. Ne pas pouvoir jouer serait très mauvais selon moi », Alexander (village SOS de Bogota, Colombie)

 

« Je me sentirais détruite parce qu’à travers le jeu, on apprend à partager avec les autres. Ce serait un désavantage émotionnel et un manque dans l’apprentissage. Ce serait comme être bloqué dans un labyrinthe à faire des choses que les enfants ne doivent pas faire. » Gabriela (village SOS de Bogota, Colombie)

 

« Ce serait triste parce que cela fait partie du développemenet. C’est comme si on interrompait l’enfance de quelqu’un avec une arme. Pendant que les autres enfants jouent, il y en a un qui est en train de tuer », Jeimy (village SOS de Bogota, Colombie)

 

#ChildrenNotSoldiers #RedHandDay