Journée internationale de l'alphabétisation 2020 : au-delà de la crise sanitaire - SOS Villages d'Enfants

Journée internationale de l’alphabétisation 2020 : au-delà de la crise sanitaire

Le 8 septembre a été proclamé Journée internationale de l’alphabétisation par l’UNESCO en 1966. Son objectif est de rappeler et souligner l’importance de l’alphabétisation auprès des citoyens, des collectivités, des communautés et des associations

La question de l’alphabétisation est un élément-clé des Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations unies et de l’Agenda 2030 des Nations unies pour le développement durable, qui promeut l’accès universel à une éducation de qualité et à des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. L’objectif 4 du développement durable vise notamment à faire en sorte que tous les jeunes sachent lire, écrire et compter et que les adultes qui ne possèdent pas ces compétences aient la possibilité de les acquérir.

Aujourd’hui, près d’une personne sur sept est illettrée, et sur les 860 millions de personnes illettrées, 500 millions sont des femmes.

 

 

Enseignement et apprentissage dans la crise et au-delà

 

La Journée internationale de l’alphabétisation 2020 est axée sur « l’enseignement et l’apprentissage de la lecture et de l’écriture dans la crise du COVID-19 et au-delà », en particulier sur le rôle des éducateurs et l’évolution des pédagogies. Le thème met en évidence l’alphabétisation dans une perspective d’apprentissage tout au long de la vie et se concentre ainsi principalement sur les jeunes et les adultes. La crise a rappelé de façon brutale le fossé existant entre le discours politique et la réalité : un fossé qui existait déjà auparavant et qui affecte négativement l’apprentissage des jeunes et des adultes, qui n’ont pas ou peu de compétences en matière d’alphabétisation.

Pendant la crise, dans de nombreux pays, les programmes d’alphabétisation des adultes étaient absents des plans d’intervention, de sorte que la plupart des programmes existants ont été suspendus. Quel est l’impact de la crise COVID-19 sur les éducateurs et l’enseignement et l’apprentissage de l’alphabétisation des jeunes et des adultes ? Quels sont les enseignements que nous pouvons en tirer ? Comment pouvons-nous positionner efficacement l’alphabétisation des jeunes et des adultes dans les réponses mondiales et nationales et dans les stratégies de la phase de redressement et de renforcement de la résilience ?

En explorant ces questions, la Journée internationale de l’alphabétisation 2020 offre l’occasion de réfléchir et d’échanger sur la manière dont des pédagogies et des méthodes d’enseignement innovantes et efficaces peuvent être utilisées dans les programmes d’alphabétisation des jeunes et des adultes, face à la pandémie et au-delà. La Journée est également l’occasion d’analyser le rôle des éducateurs, ainsi que de formuler des politiques, des systèmes, une gouvernance et des mesures efficaces susceptibles de soutenir les éducateurs et l’apprentissage.

 

 

La fracture numérique met en danger l’éducation
 
À une époque de l’année où les enfants se préparent généralement à retourner à l’école, la pandémie du COVID-19 a engendré une nouvelle réalité éducative où de nombreux enfants iront en ligne. Cependant, la fracture numérique signifie que des millions d’enfants seront encore davantage laissés de côté.

Bien que l’apprentissage en ligne ait fonctionné pour de nombreux enfants et jeunes dans le monde entier, ceux qui vivent dans des conditions vulnérables – avec un accès limité, voire inexistant à l’électricité et à Internet, ou dont les écoles n’ont pas la capacité d’offrir un apprentissage numérique – risquent de ne pas pouvoir poursuivre leurs études pendant une nouvelle année scolaire.

Sur 1,5 milliard d’élèves dont les écoles ont fermé, environ 463 millions – soit plus de 30 % – n’ont pas pu accéder à l’enseignement à distance, selon l’Unicef. Les disparités sont particulièrement marquées dans les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne où près de 90 % des élèves n’ont pas accès à un ordinateur et 82 % n’ont pas accès à Internet à domicile, selon l’UNESCO.

« Cette crise a révélé un problème préexistant, avec près d’un tiers des jeunes du monde déjà exclus numériquement avant le début de la pandémie. Pour que tous les enfants puissent apprendre, il faut améliorer la connectivité pour l’enseignement à distance et leur donner accès à du matériel pédagogique », déclare Benoît Piot, directeur de SOS Villages d’Enfants International pour l’Afrique de l’Ouest, du Nord et du Centre.

 

 

Apprendre par la radio

 

Khadi, 10 ans, de Kaolack, au Sénégal, est l’un de ces enfants dont l’éducation a été interrompue par la pandémie. Elle vit dans une maison en tôle d’une seule pièce avec sa mère, son père et ses trois sœurs aînées, dans un quartier jonché de déchets. « Mes sœurs veulent retourner à l’école, mais je me sens plus en sécurité ici, à la maison ». Assise dans la cour familiale, Khadi montre du doigt une radio où elle écoute les cours pour essayer de suivre sa scolarité.

« Je veux être médecin », dit Awa. « Je veux être fonctionnaire », dit Salimata. « Je ne sais pas ce que je veux faire », dit Khadi. Bien que leurs aspirations soient différentes, les trois sœurs souhaitent toutes que les choses reviennent à la normale, qu’elles cessent de dépendre de la radio pour suivre les cours, qu’elles puissent poser des questions à leurs professeurs lorsqu’elles ne comprennent pas quelque chose, qu’elles puissent voir leurs amis et retourner à l’école sans anxiété.

En Éthiopie, Tigist, 13 ans, recharge sa radio à l’énergie solaire après chaque émission scolaire. « Je suis heureuse que nous ne devions pas acheter de piles car ma mère n’en a pas les moyens. Ses revenus provenant du colportage répondent à peine à nos besoins. Je sais qu’il y a quelqu’un pour m’aider dans mes études, même si ma mère ne peut pas le faire. Je veux un jour aller à l’université pour devenir médecin et soigner les malades, et améliorer la santé et le bien-être de ma communauté ».

Le Programme de Renforcement de la Famille de SOS Villages d’Enfants en Éthiopie a ainsi distribué des radios alimentées par l’énergie solaire à 416 enfants vulnérables d’Adwa (une communauté rurale du nord de l’Éthiopie) qui n’avaient pas d’autre moyen d’étudier.

Leurs familles reçoivent également des colis alimentaires pour les aider à faire face aux effets du COVID-19 sur leurs moyens de subsistance et pour qu’elles ne vendent pas les radios contre de la nourriture.

« L’apprentissage numérique, quels que soient ses insuffisances ou ses avantages, est la méthode d’enseignement qui, dans un avenir proche, jouera un rôle de premier plan dans l’éducation », souligne Adelise Baha, conseillère en plaidoyer de SOS Villages d’Enfants International pour l’Afrique de l’Ouest, du Nord et du Centre. « Assurer la continuité de l’apprentissage pour chaque enfant à l’époque du COVID-19 en utilisant des méthodes adaptées aux enfants devrait être l’un de nos objectifs les plus urgents ».

 

 

L’appel des enfants 

 

Adi, pendant une course solidaire

« Je suis Adi, un lycéen de 17 ans de la ville de Bandung, en Indonésie. La crise du COVID-19 nous a beaucoup touchés, surtout nous, les étudiants, effrayés et anxieux face à ce nouveau virus. Les écoles ont été fermées ; nous ne pouvions ni rencontrer nos amis ni jouer avec eux. Nous devions rester à l’intérieur pour notre propre sécurité. Le plus grand défi que nous, les élèves, avons dû relever était de passer à l’enseignement à distance. En théorie, cela semble bien mais en pratique, cela a été un cauchemar. Il y a de nombreuses régions qui n’ont pas un accès correct à Internet. Là où il y a une connexion disponible, le signal est instable. Il y a d’autres défis à relever. Tout le monde n’a pas un smartphone, une tablette ou un ordinateur. Ce sont surtout les étudiants les plus pauvres qui en sont privés. Si quelqu’un parvient à se procurer l’appareil, l’achat de données peut être un défi. Et si, par hasard, tout fonctionne, il se peut que l’on n’ait pas assez de soutien à la maison pour suivre les cours car les parents et/ou les éducateurs ne savent peut-être pas comment utiliser la technologie. Les enseignants eux-mêmes ne sont pas très au fait de la technologie. Ils apprennent aussi à enseigner virtuellement. Le programme d’enseignement national n’est pas adaptable à l’enseignement à distance. L’art et la culture sont absents des cours en ligne.

De plus, j’ai beaucoup d’amis handicapés qui ne peuvent pas accéder à l’enseignement à distance parce que le contenu de l’apprentissage n’est pas adapté à leur situation. Par exemple, la disponibilité de traducteurs en langue des signes ou de livres en braille pour les enfants sourds et aveugles. J’ai également entendu parler d’enfants qui subissent des violences à la maison. Les enfants confrontés à la frustration de leurs parents ou vivant dans des familles éclatées ont du mal à se concentrer sur leur éducation à la maison.

Une éducation responsable et inclusive est l’une des clés pour soutenir l’apprentissage des enfants pendant la pandémie. Cela ne peut réussir que si les parents, les enseignants et les enfants peuvent collaborer pour créer un bon système d’apprentissage. Les enfants sont les atouts de la nation et l’avenir est entre leurs mains. C’est l’appel des enfants au monde ».

Adi, 17 ans, est un défenseur des droits de l’enfant du village d’enfants SOS de Lembang (Bandung) en Indonésie. Il a récemment représenté les enfants bénéficiant d’une prise en charge de remplacement lors d’un forum sur l’impact du COVID-19 où il a partagé virtuellement les défis de la formation continue. Il a déclaré que le manque de dispositifs, d’accès en ligne et les capacités limitées des éducateurs et des personnes en charge des enfants à soutenir l’apprentissage virtuel entravent l’éducation de millions d’enfants.

 

 

 

*Les noms de tous les enfants ont été changés pour des raisons de protection de la vie privée

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