Loi Taquet : 4 ans après, un accompagnement encore insuffisant pour les jeunes majeurs

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Le collectif Cause Majeur ! - initié et coordonné par SOS Villages d’Enfants - publie les résultats de sa 4ᵉ enquête nationale sur l’effectivité de la loi Taquet du 7 février 2022, relative à la protection de l’enfance en se centrant sur l’accompagnement des jeunes majeurs.

Publié le 05 février 2026

4 ans après son adoption, la loi Taquet devait marquer un tournant pour les jeunes majeurs sortant de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Pourtant, les résultats de l’enquête –  qui a interrogé 116 professionnels de terrain, intervenant dans 49 départements et accompagnant plus de 4 600 jeunes – montrent que si des avancées existent, l’application de cette loi reste encore très inégale et insuffisante.

Nous appelons l’État et les départements à appliquer sans délai l’ensemble des dispositions existantes de la loi Taquet, pour accompagner les jeunes majeurs jusqu’à leur inclusion pleine et entière dans la société.

Ce que dit la loi Taquet

Adoptée le 7 février 2022, la loi dite « loi Taquet » vise à renforcer la protection des enfants et à mieux sécuriser l’entrée dans l’âge adulte des jeunes confiées à la protection de l’enfance.

Concernant les jeunes majeurs, la loi Taquet rend obligatoire leur accompagnement par l’Aide sociale à l’enfance jusqu’à 21 ans lorsqu’ils et elles ne disposent pas de ressources suffisantes ou d’un soutien familial adapté. Elle prévoit notamment :

  • la possibilité d’un accompagnement continu et sécurisé après 18 ans et jusqu’à 21 ans ;
  • un droit au retour en cas de rupture de parcours ;
  • des entretiens obligatoires avant et après la sortie pour anticiper l’accès à l’autonomie ;
  • une meilleure articulation entre accompagnement éducatif, accès au logement, à la formation, à la santé et à l’emploi.

La loi Taquet devrait donc constituer une avancée majeure, mais elle reste encore loin d’être effective dans les territoires.

L’enquête Cause Majeur ! : mesurer l’effectivité de la loi Taquet 4 ans après

Depuis 2023, le collectif Cause Majeur ! réalise une enquête annuelle afin de mesurer l’application concrète de la loi Taquet, donner la parole aux professionnels de terrain, identifier les avancées, blocages et leviers, ainsi que de porter des recommandations en direction des pouvoirs publics.

Cette 4ᵉ édition, repose sur les réponses de 116 professionnels intervenant dans 49 départements, accompagnant plus de 4 600 jeunes majeurs.

Les résultats montrent d’abord certains progrès liés à la mise en œuvre de la loi Taquet :

  • 74 % des professionnels estiment que le cadre légal est désormais mieux connu des services de l’ASE ;
  • la durée moyenne d’accompagnement entre 18 et 21 ans atteint 22 mois, contre 21 mois en 2024 ;
  • le droit au retour (les jeunes majeurs de moins de 21 ans, pris en charge par l’ASE avant leur majorité mais l’ayant quittée depuis, peuvent redemander une prise en charge du département) est plus fréquemment reconnu, avec 53 % des répondants indiquant qu’il est mis en œuvre dans leur département ;
  • certains droits, comme le pécule (somme constituée avec l’ensemble des sommes versées au nom de l’enfant par l’organisme débiteur des prestations familiales, et attribuée à la majorité), sont un peu mieux connus des jeunes. La diffusion de cette information reste cependant insuffisante et il est nécessaire de la renforcer.

Ces évolutions constituent des signaux encourageants, mais elles restent largement insuffisantes pour garantir une véritable sécurisation des parcours.

En effet, l’enquête met surtout en évidence de fortes limites dans l’application de la loi Taquet :

  • les durées d’accompagnement restent encore trop courtes et instables, souvent inférieures ou égales à six mois ;
  • les jeunes sont très rarement accompagnés jusqu’à 21 ans, contrairement à ce que dit la loi ;
  • le socle socio-éducatif se fragilise, avec 26 % des professionnels déclarant que les jeunes n’ont pas de référent éducatif ASE, contre 7 % en 2024 ;
  • des refus d’accompagnement continuent pour des motifs non conformes au cadre légal (absence de projet, comportement jugé inadapté, mobilité territoriale, etc.) ;
  • plusieurs droits pourtant centraux dans la loi restent largement non effectifs : l’entretien un an avant la majorité n’est pas systématisé et apparaît de moins en moins organisé.

 

L’enquête confirme, de nouveau, l’existence d’un système à double vitesse et discriminant pour les jeunes  majeurs non accompagnés. L’accompagnement est plus court ou fortement fragilisé, avec des ruptures rapides de prise en charge, en particulier pour celles et ceux faisant l’objet d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Et maintenant ? Les attentes et les demandes du collectif Cause Majeur !

4 ans après l’adoption de la loi Taquet, le constat est clair : le cadre légal actuel ne suffit pas à garantir partout un accompagnement effectif et continu des jeunes majeurs.

Face à cette situation, SOS Villages d’Enfants soutient les recommandations formulées par le collectif Cause Majeur !, coordonné par SOS Villages d’Enfants et appelle à des évolutions fortes et durables. Nous demandons notamment :

  • la garantie d’un accompagnement effectif jusqu’à 21 ans, via la création d’un droit opposable et des durées longues dès le premier contrat ;
  • l’assurance que chaque jeune bénéficie d’un accompagnement socio-éducatif, avec un référent ASE identifié ;
  • la fin des discriminations entre jeunes, avec les mêmes droits et la même qualité d’accompagnement, notamment pour les majeurs non accompagnés sous OQTF ;
  • porter à 25 ans l’accompagnement jeune majeur
  • l’allocation de moyens financiers suffisants et fléchés de l’État aux départements.

En conclusion, le collectif Cause Majeur ! constate que « malgré certaines évolutions, les inégalités territoriales perdurent, plusieurs droits ne sont toujours pas garantis et l’accompagnement des jeunes jusqu’à 21 ans est encore loin d’être une réalité ».

 

 

Florine Pruchon
Responsable du pôle plaidoyer chez SOS Villages d’Enfants et coordinatrice du collectif Cause Majeur

Quatre ans après l’adoption de la loi, son application reste insuffisante. Les jeunes ne peuvent plus se contenter d’avancées ponctuelles : État et départements doivent enfin garantir un accompagnement inconditionnel jusqu’à 21 ans, et jusqu’à 25 ans lorsque c’est nécessaire. Il est urgent d’assurer partout en France des droits réels et continus pour chaque jeune, pour mettre fin aux ruptures qui les fragilisent encore trop. Une nouvelle loi est nécessaire pour clarifier et renforcer les droits des jeunes majeurs.