Innover pour protéger - SOS Villages d'Enfants

Innover pour protéger

VDJ décembre

 

Une mère SOS, un environnement stable et une équipe pluridisciplinaire : c’est sur ces piliers que repose solidement la prise en charge des fratries accueillies dans les villages d’enfants SOS. Un modèle qui a fait ses preuves et qui s’enrichit désormais de nouvelles pratiques participant à apaiser les psychotraumatismes des enfants.

 

 

Mon poney préféré, c’est Vagabond, lance Lila,  7 ans, tout sourire. J’aime monter toute seule. Et ce que j’adore le plus, c’est me mettre debout, puis assise, puis encore debout pendant que le cheval avance.” “Moi, c’est Framboise que j’aime le plus… et aussi Bougie”, ajoute Mickaël, son petit-frère de 5 ans. Que le frère et la sœur n’aient pas le même poney préféré est l’un des signes tangibles de ce que leur apporte la médiation équine. L’activité est proposée depuis 2017 au village d’enfants SOS de Marly et la fratrie se rend au centre équestre depuis un an. “Mickaël s’épanouit et gagne en indépendance, constate Martine Dutoit, leur éducatrice familiale. Car le petit est une vraie ventouse avec sa sœur. Il la colle, l’étouffe, fait tout comme elle, refuse les activités qu’elle ne pratique pas… Or, au centre équestre, il n’a pas le choix : c’est lui qui est avec l’animal avant de le monter, qui le nettoie, le brosse.”

 

La médiation équine est l’une des nouvelles façons d’accompagner les enfants accueillis dans les villages d’enfants SOS. Art-thérapie, thérapie par le jeu, réflexologie… toutes renforcent l’arsenal des équipes SOS sans remettre en cause les fondamentaux de l’association : l’accueil familial en fratrie par une mère SOS épaulée par des professionnels aux compétences diverses. “Le modèle SOS a prouvé son efficacité, confirme Christophe Chabrier, directeur des activités de SOS Villages d’Enfants France. Désormais, pour nous améliorer encore, il nous faut aller voir dans le détail, enfant par enfant, les besoins qui lui sont propres.” 

 

La quasi-totalité des frères et sœurs accueillis a vécu des psychotraumatismes mais leur résilience n’est pas uniforme. Certains se remettent “debout” par la présence attentive de leur éducatrice familiale et le cadre stable du village ; d’autres ont besoin de soutiens complémentaires pour apaiser leurs troubles relationnels ou comportementaux.

 

“Pendant longtemps, les thérapies se sont majoritairement inscrites dans l’approche psychanalytique, explique Sylvie Delcroix, référente protection de l’enfance de l’association. Sans renier cette dernière, il est important d’intégrer à nos réponses les progrès, innovations et approches nées de la recherche comportementale, cognitive ou des neurosciences.”

 

“Notre force a toujours été de regarder ce qui nous manquait pour être encore plus efficaces auprès des enfants, confirme Alain Adamiak, directeur du village d’enfants SOS de Calais. Il y a quelques années, nous ne proposions pas d’accueil d’urgence, de soutien à la parentalité à domicile, nous avions moins d’espace de transition pour les futurs majeurs… Le recours à ces nouvelles formes d’accompagnement s’inscrit dans cette volonté de faire toujours mieux.”

 

LÂCHER PRISE

Certaines de ces innovations n’ont pas été spécifiquement conçues pour les enfants, mais se sont révélées très pertinentes. C’est le cas des espaces Snoezelen, créés en Hollande dans les années 1970 pour les personnes polyhandicapées, autistes, ou encore atteintes de la maladie d’Alzheimer.

 

Ce terme est la contraction de Snuffelen (renifler, sentir) et de Doezelen (somnoler), et pour qui n’a jamais vu d’espace Snoezelen, la pièce paraîtra déroutante mais apaisante. Baignée d’une lumière douce qui varie du bleu au violet, en passant par l’orangé, elle renferme des éléments qui stimulent les cinq sens.“On y trouve des colonnes à bulles, des fibres optiques, des jeux de miroirs, un vidéoprojecteur, de la lumière noire, des peluches, différents petits objets à malaxer ou caresser, un matelas à eau…”, énumère Caroline Defossez, psychologue du village d’enfants SOS de Calais, le premier de l’association française doté d’un tel dispositif.

 

“Le Snoezelen favorise le lâcher-prise d’enfants aux attitudes très défensives, craintifs, peinant à verbaliser leur mal-être”, explique Alain Adamiak. Les séances durent 15 à 20 minutes et les enfants sont toujours accompagnés par l’un des 12 adultes du village formés à cette technique. “L’accompagnant interagit avec l’enfant, mais en silence, précise la psychologue. En l’absence de verbalisation, nous sortons de nos rôles habituels. Le Snoezelen est un cocon qui permet un moment de ressentis et de bien-être partagés”.

 

Les petits s’approprient vite l’espace, l’explorent, touchent à tout… Aux plus grands, Caroline Defossez présente les objets, leur propose un massage du crâne, de faire le tour de leur corps avec un pinceau, de s’allonger sur le matelas… “Les enfants refusent souvent d’écouter les messages de leur corps, note la professionnelle. Le Snoezelen vient, en douceur, briser la distance qu’ils mettent avec leurs émotions.”

 

C’est avec le même objectif d’apaisement que le village SOS de Marly organise des séances de réflexologie-relaxation dispensées par une professionnelle libérale. Une vingtaine d’enfants ont déjà pu bénéficier d’une série de séances, en général six, de réflexologie des mains, des pieds, des jambes, du dos ou de la tête.

 

“Elles sont principalement proposées aux enfants qui expriment de la colère, des peurs ou font des cauchemars, précise Véronique Pouille, la cheffe de service éducatif du village nordiste. Ils y apprennent aussi à faire des auto-massages qui peuvent les apaiser avant des moments stressants comme les visites médiatisées(1), les rendez-vous chez le juge, un examen scolaire…”

 

Nos petits cavaliers aux comportements souvent débordants font partie de ceux qui en ont bénéficié. “C’est super, lance Lila. On a beaucoup aimé. Quand on sort, on est plein de joie et puis on peut refaire les massages à Martine.” Leur mère SOS souligne la complémentarité de la médiation équine, de la relaxation et de la réflexologie avec les actions éducatives habituelles. “D’une part, parce qu’on y travaille quelque chose de profond, ensuite parce qu’il y a une dimension de plaisir absente du rendez-vous chez un psychiatre.”

 

EMDR, ART THÉRAPIE, ESPACE THÉRAPEUTHIQUE … DES APPROCHES TRÈS DIVERSES

L’espace thérapeutique du village d’enfants de Marseille répond à d’autres besoins. Cette grande salle installée dans une maison du village accueille des professionnels de santé libéraux extérieurs. À ce jour, deux psychomotriciens, deux orthophonistes, un pédiatre, un neuropsychologue et un graphothérapeute, par exemple, s’y rendent régulièrement.

 

“Mais il ne s’agit pas pour autant d’une maison de santé ou d’un cabinet externalisé, souligne Elsa Pennacchioli, psychologue du village SOS de Marseille. C’est le lieu d’un travail en commun qui nous permet de croiser les regards de différents spécialistes pour affiner le parcours de soin de chaque enfant. C’est enrichissant pour nous comme pour eux, car ils ont rarement l’occasion de confronter leurs expertises.”

 

Installé au cœur du village, l’espace thérapeutique épargne aussi aux enfants la multiplication des temps de transport et d’attente chez les praticiens. Car la ville est grande, ses rues souvent embouteillées et les mères SOS sont parfois contraintes de donner la priorité à l’un ou l’autre expert, faute de temps. “L’espace thérapeutique permet de respecter la temporalité nécessaire à l’enfant, ajoute la psychologue. Car un soin qui commence par une course contre la montre va le stresser. De même, lorsqu’un enfant est suivi dans un centre médico-psychologique au sein d’un hôpital, il va côtoyer des enfants souffrant de problématiques médicales bien plus lourdes que les siennes. L’espace lui évite donc une stigmatisation souvent mal vécue.”

 

Les responsables du village d’enfants SOS de Marseille aimeraient ajouter à leur panel de consultations un psychologue pratiquant l’Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR), la “désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires”. Cette thérapie, qui cible un traumatisme précis, est déjà utilisée au village de Neuville-Saint-Rémy par Virginie Lelong, psychologue.

 

L’EMDR repose sur une “stimulation sensorielle bialternée”, produite par les mouvements oculaires du patient, qui suit du regard les doigts du thérapeute, de droite à gauche, et par des stimuli auditifs ou tactiles, grâce à des buzzers tenus dans la main, vibrant alternativement de droite à gauche. “J’utilise aussi le ‘tapping’, où les mouvements des doigts sont remplacés par des tapes sur les genoux, indique Virginie Lelong. Avec les plus petits, je peux utiliser dessins ou jouets pour capter leur regard.”

 

L’EMDR repose sur le principe des rêves et cauchemars. Durant le sommeil, le cerveau traite les informations de la journée et nos yeux bougent beaucoup pendant certaines phases. “L’EMDR permet de distancier les émotions, de ranger les sentiments dans les bonnes cases du cerveau”, explique la psychologue. En général, une à deux séances suffisent pour obtenir un bénéfice et un apaisement.

 

Virginie Lelong s’est aussi formée à la thérapie par le jeu. Car si celui-ci a le pouvoir d’exprimer les émotions et inquiétudes des enfants, encore faut-il pouvoir dépasser le simple constat. Les séances sont individuelles, très normées et respectent un protocole précis : elles ont lieu dans des conditions précises un certain jour, une certaine heure, un temps donné, dans un espace défini. Dans une pièce dédiée, se trouvent des jeux très différents, mais adaptés au but de la thérapie : Lego, punching-ball, peluche, jeu de cartes… Pendant 45 minutes, la psychologue est concentrée sur les comportements de l’enfant et va systématiquement mettre des mots dessus. “Ainsi, si un enfant se montre impulsif, impatient, alors je peux lui montrer que ‘parfois, il est difficile de penser à une seule chose à la fois, tu as tant d’idées !’, et ainsi lui donner la possibilité de ralentir. Cela permet aux enfants de gagner en confiance, de mieux gérer leurs émotions, de prendre conscience de leur vulnérabilité, de leurs peurs et forces.”

 

 Libérer par la parole les émotions et les tensions qui ont parfois du mal à s’exprimer, c’est aussi ce que recherche Larissa Obrecht. Animatrice au village SOS de Châteaudun, elle organise des ateliers d’art-thérapie, une méthode qui passe par l’expression artistique sous différentes formes, comme le dessin, la peinture, les travaux manuels… La finalité n’est pas l’esthétique des créations, et les enfants peuvent décider de les laisser à l’atelier, les emporter ou les détruire. Avec 47 enfants sur les 50 du village qui fréquentent l’atelier, on constate que les séances sont appréciées. Celles-ci sont organisées pour des petits groupes de quatre à six enfants d’âges souvent hétéroclites. Ainsi dégagés du regard de leurs pairs, les adolescents sont moins en “représentation”. “J’ai le cas d’une grande qui se montre extrêmement bienveillante pendant l’atelier, ce qui n’est pas son comportement habituel, illustre l’art-thérapeute. Elle révèle une autre facette d’elle-même, plus libérée, ce dont elle a bien conscience. Avec ses mots d’ado, elle m’a un jour lancé : ‘En vrai, merci Lara !’. Ce ‘en vrai’ voulait dire beaucoup !”

 

 

UN SAVOIR PARTAGÉ

Ces mots-là sont en effet importants, car pour les équipes qui initient ces accompagnements, mesurer leur impact n’est pas toujours simple. “La prise en charge est un tout et les traumas sont toujours multifactoriels, confirme Sylvie Delcroix. Difficile de pointer précisément quelle cause produit quel effet, mais le meilleur indicateur, c’est l’évolution des comportements. Ce que l’on sait avec certitude, c’est qu’un enfant qui a vécu un traumatisme a besoin de prises en charge adaptées et notre responsabilité est de tout faire pour l’accompagner au mieux.”

 

Avec toutes ces nouvelles manières d’aider les enfants en souffrance, SOS Villages d’Enfants France gagne en expertise. “Pour autant, insiste Christophe Chabrier, ces innovations ne sont pas suffisantes pour des enfants dont les difficultés psychologiques relèvent de la médecine psychiatrique. Ces outils peuvent régler des problèmes, des tensions ponctuelles, des difficultés à communiquer, des angoisses, mais aucun de nos établissements ne devient pour autant un institut thérapeutique, éducatif et pédagogique.” (2)

 

Ces formes d’accompagnement varient d’un village à l’autre, car leur mise en place dépend des opportunités locales, de la présence de professionnels qualifiés et disponibles, et du lien des équipes avec les partenaires soignants de leur secteur. Mais toutes ont vocation à essaimer là où elles seront utiles. Un programme baptisé “Accompagner autrement” va capitaliser sur ces premières expériences, affiner leurs bienfaits et analyser leurs limites et contraintes (temps nécessaire, suivi, organisation…).

 

Évidemment, ces nouveaux soins ne font pas office de baguette magique, mais tous peuvent soulager un enfant d’une tension, ne serait-ce que pour quelques heures ou jours. Autant de graines semées pour l’équilibre de demain.

 

 

Notes :

1 – Les visites des parents en présence d’un professionnel de l’association.

2 – Structures médico-sociales accueillant des enfants dont les difficultés psychologiques perturbent leur socialisation et leurs apprentissages.

 

 

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